JusticeLa dignité humaine a perdu tout son sens en RD-Congo. Sinon la mort massive qui est survenue parmi des détenus au Camp Lufungula dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 novembre aurait déjà prêté à des graves conséquences. Pire, les autorités de la Police, avec en tête le Général Jean de Dieu Oleko, le patron de l’IPKIN -Inspection provinciale de Kinshasa-cherchent même à banaliser les faits.

La presse, de son côté, s’est tue dans toutes les langues. Pas une ligne, ni un mot, comme si ceux qui sont morts n’avaient aucun prix. Seule la radio onusienne a contrevenu à cette sorte de loi de l’omerta. Certains ex-pliquent qu’il y a eu censure. Le fameux Journal en lingala facile de Zacharie Bababaswe en a fait l’expérience. Ordre a été donné de ne pas dif-fuser les images tournées par son caméraman sur place au Camp Lufungula, a rapporté un reporter de ce programme télévisé très prisé dans le grand public à Kinshasa. Sur les traces du caméraman du JT made in Bababaswe, la rédaction de «CONGONEWS» s’est lancée avec sa photo numérique. Elle a ramené deux photos très éloquentes, celle d’un rescapé du nom de Jean-Marie Kikangala, domi-cilié sur l’avenue Dodoma, dans la commune de Ling-wala et celle de la mère d’une victime, un jeune homme de 36 ans nommé Tati Buleri. Les deux témoignent. Ils prennent tous les deux le contre-pied de la thèse of-fcielle selon laquelle il y a eu tentative d’évasion à la suite d’une interruption du courant électrique.

              Kikangala a vu ses codétenus mourir l’un après l’autre. Il établit un bilan de sept morts dont quatre sur place et trois après des soins à l’hôpital général. «Tous sont morts d’étouffement», a af-frmé le rescapé. Il explique que le cachot était surpeuplé. «Il y avait plus d’une centaine de détenus dans un cachot d’à peine sept mètres sur trois», rapporte Kikangala. Il y a donc eu bavure et bavure grave. Bavure dans le chef du commandant de la garde qui a continué à peupler la cellule sans regarder à sa capacité d’accueil. Bavure encore de la part du même préposé pour avoir écroué des détenus sans les entendre sur procès-verbal. Une autre bavure dans le chef des autorités de la police censées être les premiers à assumer toute responsabilité. Sous d’autres cieux, pour moins que cette tragédie humaine, des re-sponsables en répondent personnellement non sans avoir, au préalable, rendu le tablier. Question de ne pas infuencer le cours de l’enquête. A Jean de Dieu Oleko d’aviser plutôt que de chercher à noyer le poisson avec des explications alambiquées dans les médias.
             

              Le colonel Kanyama, commandant du district de Lukunga, est cité comme le principal responsable du surpeuplement du cachot. L’homme est connu pour ses méthodes sauvages de tous les habitués du Stade des Martyrs. L’ordre public, pour ce gaillard de près de 2m, est synonyme de fouet, de brutalité sur les civils. C’est quasi officiel. La banalisa-tion à laquelle l’un et l’autre se livrent depuis la nuit du drame choque notamment les familles des victimes. Il aurait fallu peut-être des cen-taines de morts pour interpel-ler les consciences. Ah! Non. Un mort, deux morts, il s’agit d’une vie humaine. Quand celle-ci vient être ôtée par la faute d’un autre, rien à faire, ce dernier ne peut échapper à la demande d’explication de la société avec la possibilité d’une sanction s’il est recon-nu coupable. Sans préjuger de l’issue de l’enquête, il y a               bel et bien des coupables ici, ne fut-ce que pour homicide involontaire. Ça c’est aussi la «tolérance zéro». Ce n’est pas seulement d’envoyer à Makala des mandataires convaincus de détourne-ment mais aussi et surtout de mettre chacun devant ses responsabilités. Quant aux responsabilités de l’Etat, elles sont plus lourdes. Les familles des victimes prom-ettent de lui intenter une action en dédommagement. Le temps de faire le deuil, les uns et les autres vont se constituer en collectif. «Nous ne laisserons pas cet acte im-puni», a déclaré en sanglots Mme Meti Lenghe, la mère de feu Buleri dont les funérailles seront organisées le 4 décem-bre au Camp Kokolo, chez son père, …un colonel de la police. Selon les témoignages recoupées de Mme Lenghe et de Kikangala, il y a une «ra-fe» menée par des hommes de Kanyama dans la nuit du 25 au 26 novembre. Buleri qui sortait d’une intervention chirurgicale a été pris, à 19 heures, dans une famille amie à Lingwala, sur l’avenue Bukama n° 272. Cela arrive souvent que la police arrête indistinctement les jeunes gens quand elle opère contre les gangs des « kulunas». Et la libération est monnayée dans six cas sur dix. Kikangala a été interpellé presque dans les mêmes conditions alors qu’il prenait de l’air devant chez lui. Il affrme qu’il a été jeté au cachot sans audition. Sur place, il a trouvé des dizaines de gens détenus depuis plu-sieurs jours, donc en déten-tion illégale. Toute la journée du jeudi, d’autres sont venus en grappe gonfer le nombre des détenus. Avant la fn de la journée, il n’y avait plus place pour poser un pied et la seule position à tenir est la station debout. Ce qui devait arriver arriva : l’air se vide peu à peu dans cette cellule aérée par quelques claustras hauts perchés que seuls les plus musclés peuvent atteindre à force de bras. C’est à minuit que tout bascule. Privés com-plètement d’air, les détenus se mettent à tambouriner sur la porte.
             

              La garde fait la sourde oreille jusqu’à trois heures du matin quand le premier détenu s’effondre. Juste pour lui le temps de tirer le corps inani-mé, il refermera la porte sans se soucier de toutes ces vies               humaines soumises à des conditions proches des camps de concentrations nazies. Un autre qui s’écroule. Encore un autre. La mère de Buleri ne sait pas à quelle heure son fls s’est écroulé. Une chose est sûre: encore en convalescence, son or-ganisme a cédé très vite. «Il faudra que l’on me montre d’abord le PV d’audition de mon fils», pleure épouse d’officier de police qui en sait un bout sur les usages en la matière. Le drame ne s’est arrêté qu’à six heures du matin lorsque la porte du cachot s’est ouverte sur la silhouette impressionnante du colonel Kanyama. Sur place, quatre décès sont constatés. Quatre autres détenus dans le coma ont été évacués pour des soins. Sur ces quatre, Kikangala affrme qu’il n’y a qu’un seul qui ait survécu, son ami Mongali. Kikangala rapporte que le colonel Kanyama a libéré, séance tenante, tous les détenus arrêtés lors de la «rafe» et écroués sans avoir été auditionnés. Maquillage des faits.(Lire Interview de Jean-Marie Kikangala, un des rescapés à la page 3)
             

source : Congo news