Le sénateur Jean-Pierre Bemba, président national du Mouvement de libration du Congo, MLC, ne bénéficiera pas de liberté provisoire. Il reste en prison en attendant l’ouverture et le déroulement de son procès. L’arrêt  est de la Chambre d’appel de la Cour pénale internationale, CPI, rendu hier mercredi à La Haye. Place donc à ses avocats pour préparer sa défense. Coup dur pour le MLC. Coup dur pour l’intéressé qui voit ainsi son parcours politique de plus en plus hypothéqué.

« La Chambre d’appel a décidé que la décision de la Chambre de première instance doit être inversée », a déclaré la juge Akua Kuenyehia lors de l’audience de la Chambre d’appel de la CPI, à La Haye. Telle est donc la substance de l’arrêt de cette chambre d’appel rendu hier mercredi 2 décembre à La Haye. Ainsi, le sénateur Jean-Pierre Bemba, président national du Mouvement de libération du Congo, MLC, ne bénéficiera pas de liberté provisoire. Il reste en  détention en attendant l’ouverture et le déroulement de son procès, fixé, comme on le sait le 27 avril 2010. C’est-à-dire, dans exactement quatre mois. Il doit être jugé pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis en République centrafricaine en 2002 et 2003 par des éléments de la branche armée du MLC.

Il est important de rappeler qu’une juge de la CPI avait ordonné le 14 août la libération provisoire de Jean-Pierre Bemba. La magistrate avait néanmoins ordonné son maintien en détention à La Haye tant que la Cour n’aurait pas décidé lequel de l’Etat qui l’accueillirait. Jusqu’à ce jour, ni la France, ni la Belgique, moins encore l’Italie et l’Afrique du sud, citées pour l’accueillir ne se sont prononcées là-dessus.

Le Procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, avait immédiatement interjeté appel, justifiant son appel par le fait que l’accusé risquait de fuir et d’entraver des poursuites judiciaires. Il avait demandé et obtenu que la libération provisoire de Bemba soit suspendue en attendant la décision de la Chambre d’appel. Cette décision vient d’être rendue publique, confirmant le maintien en détention de Jean-Pierre Bemba.

LA PAROLE A LA DEFENSE BEMBA

L’arrêt ayant été rendu, JP Bemba reste en prison, Il revient maintenant à ses avocats de préparer sa défense. Il est un fait qu’à ce niveau également, certains avocats de Bemba, pour des raisons liées aux émoluments ou à des frais honoraires non payés, avaient décidé de ne plus plaider sa cause. Bien plus, ils avaient obtenu de la CPI que celle-ci exerce une pression sur le détenu afin qu’il mette en vente certains de ses biens immeubles, notamment au Portugal, afin de s’acquitter de cette obligation. Seul Me Kilolo continue à s’occuper de ce dossier. Il nous revient toutefois d’apprendre que Jean-Pierre Bemba a réussi à étoffer son équipe d’avocats. Il vient de recruter Me Manuel Asschlimann, du cabinet parisien Olivier Schnerth, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, président de la France.

L’on pense qu’aujourd’hui qu’il n’est plus que question que du procès, la CPI devra mettre aussi à la disposition de Bemba des avocats pour un procès équitable. Dans le cas contraire, cette attitude serait assimilée à un acharnement contre Bemba, donnant raison à ceux qui soutiennent qu’il ne s’agit rien d’autre que d’un procès politique.

PARCOURS POLITIQUE : NUAGES SOMBRES

En attendant, c’est un coup dur pour son parti, le MLC, par ricochet l’Opposition congolaise. Ensuite, pour l’intéressé lui-même. Epreuve dure d’abord pour sa famille nucléaire.

La séparation se fait de plus en plus longue et douloureuse. Mais au plan politique, le coup est dur pour le MLC. Comme si le signe indien poursuivrait ce parti qui présente déjà des signes de division, d’essoufflement.

On sait qu’une crise couve au sein de  ce parti depuis que la guerre des « clans » s’est déclenchée, mettant aux prises les partisans de François Mwamba, l’actuel secrétaire général du parti, et ceux de José Makila, ancien gouverneur de la province de l’Equateur et haut cadre de ce même parti. Ce bras de fer a coûté cher au MLC qui s’est présenté en ordre dispersé lors des dernières élections ayant  consacré Jean-Claude Baende, gouverneur élu de la province de l’Equateur.

Certes, avec  le dernier développement de la situation dans cette province, au regard du rapport de la Commission d’enquête du Sénat à l’Equateur, le MLC retient son souffle. Mais tant que le gouverneur élu n’est pas encore traduit devant la Justice pour se défendre, le MLC continue à méditer sur sa dernière défaite électorale. Aussi, le maintien de Bemba en prison pose déjà la problématique du leadership au sein de ce parti. Quand bien même Bemba pourrait orienter les initiatives à partir de sa cellule à La Haye, mais loin des yeux, loin du cœur, dit-on. Des défections ne sont pas à exclure, opportunisme politique oblige.

Cette situation au niveau du MLC aura des effets d’entraînement sur le choix du « chef de file de l’Opposition ». Jean- Pierre Bemba est désormais non partant quand on sait que les procès à la CPI ne sont jamais pris en délibéré après quelques heures d’audience. Il faut évaluer le temps en termes d’années, surtout qu’il faut compter avec la longue file des témoins qui seront certainement appelés à comparaître. Et aussi compte tenu du fait que ce procès pourrait être à rebondissements si jamais la CPI consentait à entendre Ange-Félix Patassé, ancien président centrafricain. C’est lui qui avait fait appel, par deux fois, pour se maintenir au pouvoir, aux éléments du MLC. L’Opposition ne l’attendra plus.

Enfin, la carrière politique de Jean-Pierre Bemba semble compromise. Du moins pour les élections de 2011. La suite dépendra du verdict du procès. S’il le gagne, il pourra faire un «  come back » en politique. Mais si jamais il perdait le procès et reconnu coupable des griefs  qui lui sont reprochés, la peine minimum avancée serait de trente ans. Agé aujourd’hui de 47 ans, on laisse à ceux qui ont un faible pour les mathématiques de s’adonner à leur exercice favori.

Source : le Potentiel