On se perd en conjectures à l’analyse de la situation confuse à Dongo, dans le Sud-Ubangi. « Il n’y a pas une rébellion clairement définie à Dongo », a déclaré mercredi le gouverneur de l’Equateur. « Nous avons mis la main sur un lot important d’armes et de munitions, lesquelles vont nous permettre de conquérir la ville de Gemena dans les tout prochains jours », ont menacé en novembre dernier les « patriotes-résistants ».

      « Tous les acteurs ont très peu d’informations sur la situation à Dongo », a affirmé mercredi à Radio Okapi le porte-parole de la Monuc, Jean-Paul Dietrich, relevant que « pour l’instant, la situation n’est pas claire dans cette localité ».
      

      Sur la question de l’attaque enregistrée dans cette localité le 26 novembre 2009, il a expliqué qu’« avant l’arrivée de l’hélicoptère (de la Monuc), il y avait déjà des tirs entre les assaillants et la police sur place qui a capturé deux éléments de cette rébellion ».
      

      « Je crois que les autorités (congolaises) n’ont peut-être pas vu la gravité de la situation. Ils ont sous-estimé le potentiel agressif (des assaillants), ils ont perdu le contrôle. C’est pourquoi les choses se sont dirigées dans cette direction », a-t-il déclaré.
      

      Aux dires du porte-parole de la Monuc, il y aurait une « rébellion » à Dongo alors que, pour le gouverneur de l’Equateur, il s’agit d’une « agression », soutenant qu’« il n’y a pas une rébellion clairement définie à Dongo » et promettant que « dans les heures qui suivent, il y aura un retour à la paix ».
      

      DES « PATRIOTES-RESISTANTS » A DONGO ?
      

      Dans un communiqué du 19 novembre 2009 signé par leur « porte-parole Ambroise Lobala Mokobe » et qui circule sur Internet, des personnes se présentant comme des « patriotes-résistants », ont annoncé avoir saisi « une importante quantité d’armes (…) ce mercredi 18 novembre 2009 à l’aube », à la suite de la reprise des combats avec les forces envoyées par le gouvernement.
      

      « Face à cette provocation, nos vaillants combattants ont réagi avec énergie et ont repoussé l’ennemi. Mais, comme nous ne cessons de le dire, vu que la force semble être le moyen choisi par le pouvoir, nos forces ont quitté leurs positions et ont mis le cap sur la mission de Bokonzi qui est à notre portée. Après Bokonzi, nous allons conquérir la mission catholique de Bwamanda. Et, enfin, nous allons nous emparer de la ville de Gemena, avant de voir ailleurs », ont-elles signalé.
      

      « C’est ainsi que nous avons mis la main sur un lot important d’armes et de munitions, lesquelles vont nous permettre de conquérir la ville de Gemena dans les tout prochains jours, avant d’envisager d’aller plus loin », ont-elles menacé.
      

      Par ailleurs, ces « patriotes-résistants de Dongo » ont rappelé « à l’opinion que les combats se déroulant dans nos propres milieux familiaux, il serait irresponsable et impensable de la part de nos combattants de piller nos propres parents (…). Nous allons, dès que les conditions de sécurité le permettront, organiser une visite guidée de Dongo et des localités conquises et en voie de l’être, en faveur de la presse ».
      

      PLANIFICATION D’UNE OPERATION CONJOINTE
      

      Face à la menace que constituent ces « patriotes-résistants de Dongo », des responsables congolais et onusiens ont entamé, le mercredi 2 décembre 2009 à Gemena, « la planification d’une opération à mener conjointement par la police nationale et les FARDC avec l’appui de la Monuc », a indiqué le porte-parole de la Monuc.
      

      S’agissant de la situation dans les localités de Buburu et Imese, Jean-Paul Dietrich a indiqué à Radio Okapi que « les informations ne sont pas claires », se contentant de témoignages des villageois qui « ont rapporté à la Monuc qu’une foule composée d’hommes armés se dirigeraient vers Mbandaka », sans beaucoup de précisions.
      

      Lors de son séjour à Gemena, où il est arrivé dimanche, le président Joseph Kabila a réuni lundi le Conseil de sécurité regroupant le chef d’état-major des FARDC, l’inspecteur général de la police, le conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, le directeur de l’ANR et le gouverneur de l’Equateur sur la situation sécuritaire et humanitaire à Dongo.
      

      L’« objectif majeur » du voyage du chef de l’Etat était d’« apporter une réponse appropriée à l’agression Enyele dans le secteur de Dongo, a dit à la presse le gouverneur Jean-Claude Baende. Cela implique certainement, a-t-il précisé, « des opérations allant dans le sens d’appeler à la conscience des uns et des autres pour le rétablissement de la paix. Mais également, si ce langage de négociation n’est pas écouté, nous allons demander à ce que les assaillants puissent déposer les armes, mais par la force de la loi ».
      

      PRES DE 70.000 DEPLACES
      

      « Les violences dans la province de l’Equateur, située au Nord-ouest de la République démocratique du Congo, ont provoqué la fuite d’environ 70.000 personnes. Dongo, où se sont déroulés les premiers affrontements, est vide de toute population. De nombreux cadavres sont restés à terre des semaines entières. Une centaine de personnes auraient été tuées. Les habitations, des boutiques et d’autres infrastructures ont été incendiées ou saccagées », a constaté une équipe de Médecins sans frontières et plusieurs agences des Nations unies.
      

      « Durant les derniers jours d’octobre, le conflit ancien entre deux communautés s’est transformé en bataille majeure dans la ville de Dongo puis s’est étendu à plusieurs autres villages. Plus au sud, dans le secteur de Bomboma, de nouveaux affrontements ont eu lieu le 17 novembre à partir du village Saba Saba, causant de nombreux morts, des incendies et des pillages. Les personnes résidentes et celles déplacées suite aux premiers combats de Dongo, ont fui », renseignent-ils à la suite d’une évaluation menée entre les 16 et 27 novembre 2009.
      

      Toutes ces déclarations confirment, si besoin en est encore, qu’il existe bel et bien une menace armée en République démocratique du Congo. Il est question de prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour circonscrire cette situation et ramener la paix, le calme dans cette partie de la République. Une telle menace ne contribuerait qu’à perturber le processus de reconstruction nationale et à enrichir les va-t-en guerre, comme au Kivu. La suite tout le monde la connaît.
      

      Au moment où le peuple congolais aspire à la paix, tous les efforts doivent sous-tendre le développement national et non plus les « efforts de guerre ». Les institutions nationales doivent assumer leurs prérogatives constitutionnelles pour clarifier d’abord si Dongo est une nouvelle rébellion ou un affrontement intercommunautaire. Ensuite, rétablir dans les meilleurs délais la paix avant de préciser la part des responsabilités des uns et des autres.
      

      Car jusqu’à preuve du contraire, Dongo prend les allures d’une véritable menace armée. Le fait de s’être attaqué à un hélicoptère de la Monuc n’est plus un fait divers.
      
          

source : le Potentiel