kinshasa_boulevardDe passage à Kinshasa après un séjour d’un peu plus de 5 ans hors du pays, je me faisais un plaisir de renouer avec les plaisirs simples de Kinshasa by night. Siroter un verre de bière sur une parmi les nombreuses terrasses qui jonchent les rues de Kinshasa. Savourer  kamundele ou la viande de chèvre braisée juste au-dessus d’un fut….voilà ces petits plaisirs simples de la vie, qui me manquaient tant pendant mon exil. Samedi dernier, pour assouvir ma folle rage des maboke, avec quelques amis, nous avions décidé de passer une journée complète en périphérie de Kinshasa, du côté de Kinkole. Lieu couru et prisé par les congolais de l’étranger en villégiature à Kinshasa, ce délicieux moment de détente entre amis, s’annonçait sous les meilleurs auspices. Avec curiosité, j’admirai la route de Matadi réhabilitée, j’appréciais cette curieuse sensation, de la jeep entrain de caresser le bitume neuf, qui défilait sous les pneus.  Juste après Kitambo Magasin, que je redécouvrais grouillant de monde, sale et dégradé………l’avenue du colonel Mondjiba élargie, s’ouvrait sur le large boulevard  30 boulevard du 30Juin, modernisé avec ses feux tricolores. Voilà ma ville de Kinshasa qui m’accueillait à bras ouverts…..Kinshasa change, pas aussi vite que je l’aurais souhaité, mais ça avance. Des immeubles poussent, des supermarchés jaillissent, les accotements des routes sont pavés. Cette vision qui peut paraître un peu idyllique pour ceux qui sont loin de la capitale congolaise, est immédiatement nuancée par un sentiment d’insécurité qui règne dans certaines contrées de la capitale. En effet, une fois la nuit tombée ou parfois en pleine journée, quelques jeunes gens, telle une horde sauvage, armés de bâtons et autres instruments contondants, envahissent les rues, agressent, volent les paisibles citoyens. Ce phénomène connu à Kinshasa, est nommé « Kuluna ». Ceux qui s’adonnent à cette pratique sont également appelés par le même adjectif. Phénomène en hausse, le Kuluna crée une psychose dans certains coins de Kinshasa, qui se retrouvent ainsi livrés et laissés à la merci de ces inciviques qui font régner leur propre règles.
C’est ainsi qu’en revenant de mon escapade de Kinkole, arrivé aux abords de la place sainte Thérèse à N’djili, la jeep a été empêché de progresser.
Cernée par ces voyous, armés et excités, ma jeep s’était retrouvée dans l’impossibilité d’avancer.
Cet épisode inattendu, tranchait ainsi avec cette impression de quiétude et de bien-être qui me caractérisait depuis mon arrivée à Kinshasa. La réalité, la dure réalité à la fois de l’insécurité et de la pauvreté se conjuguaient devant mon véhicule. De plus en plus menaçants, ces jeunes Kuluna tentaient d’embarquer à bord de mon véhicule que j’avais au préalable sécurisé via la fermeture centralisée.
Qui sont-ils ? D’où sortent-ils ? Pourquoi s’empennent-ils à moi ? Suis-je le condensé de toutes ces choses qu’ils ont en horreur ? Les questions se bousculaient dans ma tête, mais le cauchemar que je vivais en direct, m’empêchait d’y apporter une réponse claire. Alors que deux d’entre-deux tentait de briser la vitre avant, une pick-up blanche, phares éteints, surgît de nulle part, s’immobilisa à hauteur de mon véhicule. Des hommes tous très grand de taille, armés et cagoulés sautèrent  du pick-up, pour s’écraser sur cette bande des jeunes gens qui terrorisait la place Sainte Thérèse, qui comme par hasard, s’est retrouvée déserte. Sans aucune forme d’attention pour moi, les cinq gaillards cagoulés, sont repartis aussi vite qu’ils étaient arrivés, pour une destination que j’ignore. C’est à ce moment précis que quelques N’djilois qui s’étaient terrés chez eux, décidèrent de sortir, pour s’enquérir de mon état. Cette preuve évidente de lâcheté collective est en rapport avec l’extrême violence dont sont capables ces Kuluna.
C’est en parcourant la presse du lendemain matin, que j’apprendrai qu’un pick-up à bord duquel avait pris place, des agents de l’ANR avait embarque une  bande de Kuluna pris en flagrant délit du côté de la place Sainte Thérèse dans la commune de N’Djili. Le soir, en suivant les actualités, la RTNC diffusa un reportage dans lequel, les 5 jeunes gens étaient présentés à la presse, en même temps que 53 autres ressortissants congolais présumés « combattants » et fraichement refoulés d’Afrique du Sud. Crânes rasés, habillés en bleu de travail, pieds enchaînes, ces 58 délinquants affichaient une mine décomposée et faisaient profil bas, tant ils n’avaient aucun doute, quant à leur sort. Des peines de travaux forcés et d’intérêt public planaient sur leur tête, telle une épée de Damoclès. Les autorités avaient décidé de leur réserver des conditions d’accueil proportionnées au profil de chacun, dans les prisons les plus « accueillantes » ici au sens de plus hostiles de la République démocratique du Congo. C’est ainsi que l’on cite entre autre institution carcérale, la prison Ekafela et d’Osio dans la province orientale, de Kasapa, Buluwo dans le Katanga et la prison souterraine de Luzumu dans la province du Bas-congo et Angenga dans la province de l’Equateur.

Les phénomènes Kuluna & combattants même combat ?
    
Le fait d’avoir vu côte à côte, les kuluna et les adeptes du mouvement des combattants-resistants-patriotes m’a fait interpellé sur les spécificités des trajectoires des uns et des autres. Si les kuluna sont en majorité, des jeunes gens en rupture familiale et désœuvrés, l’on rencontre des profils divers parmi les combattants. Bien entendu, le phénomène combattant se développe davantage dans les foyers de la diaspora congolaise, parfois mieux lotis que les adeptes du Kuluna, l’on note tout de même quelques similitudes. Les adeptes du Kuluna et les combattants, sont aussi des jeunes gens en marge de leur société d’accueil. En effet, nombreux sont les combattants qui sont dans une forme de précarité vis-à-vis de l’administration (sans papiers ou irréguliers), qui sont peu instruits, donc une appréhension/compréhension globale de la situation politique peu aisée. D’ailleurs, l’adoption des thématiques d’extrême-droite par les combattants, est une preuve patente d’une certaine forme d’inculture et de méconnaissance de l’histoire politique.
Après une très longue période d’observation et d’indifférence des autorités de la RDC à l’égard de ces phénomènes politiques, puisqu’aussi bien les adeptes du Kuluna que les combattants, sont porteurs d’une contestation politique et ce, en dépit de la forme certes contestable, qu’ils adoptent.
Les autorités de la RDC semblent décidées cette fois-ci à prendre à bras le corps, les deux menaces que constituent les phénomènes Kuluna et combattants. C’est sans nul doute, le prix de la paix sociale pour les congolais de l’intérieur.
Aux invectives et autres formes de violence, les autorités de la RDC ont décidé de mobiliser l’appareil judiciaire, pour mettre les uns et les autres face à leurs actes.
Entre congolais, citoyens ordinaires ou officiels, majorité ou opposition, les conditions d’un débat citoyen et civilisé doivent être possibles.