L’heure est à l’évaluation de la mission confiée à l’informateur, Charles Mwando Nsimba. Si la primeur de son rapport est réservé au président de la République, il n’empêche qu’à travers les différentes déclarations des parties consultées, il se dégage un constat : divergences profondes autour du profil du Premier ministre et de la philosophie du prochain gouvernement. Richesse d’idées ? Perception étroite ? Contradictions ? Autant d’interrogations.

S’il n’existe pas de retardataires, l’honorable Mwando Nsimba devait clôturer le tour des tables hier mardi 20 mars. Si tel est le cas, il ne lui resterait plus qu’à élaborer son rapport pour le présenter au président de la République. L’objectif de sa mission, on le sait, consistait à identifier la «majorité parlementaire». Ce qui conduirait le président de la République à opérer son choix dans la perspective de la désignation du futur Premier ministre, avec au bout du tunnel, la composition du nouveau gouvernement.

Voilà pourquoi l’informateur n’a ménagé aucun effort pour bien accomplir sa mission et a rencontré toutes les parties, tant de la Majorité que de l’Opposition, sans oublier bien sûr les indépendants. Une approche qui aura le mérite d’avoir une vue large de la perception de la vie politique et en tirer les points essentiels qui retiendront l’attention du chef de l’Etat.

Certes, la primeur de ce rapport est réservée au président de la République. Mais au regard de différentes déclarations des délégués qui se sont entretenus avec l’informateur, il se dégage des divergences profondes. Des perceptions différentes, pour être précis tant sur le profil du futur Premier ministre que l’ossature et la philosophie du prochain gouvernement. Divergences de perception au sein de la majorité, divergences de perception dans l’opposition sans oublier les points de vue des indépendants.

La multitude des propositions

Il est un fait que ces consultations ont engendré une multitude de propositions. Ce qui, à première vue, apparaît comme une richesse pour qu’au choc des idées jaillisse la lumière. C’est même une expression démocratique lorsqu’on observe qu’au sein des camps politiques, il y a eu une contradiction, une liberté de chaque groupe d’exprimer son opinion.

C’est ainsi qu’en ce qui concerne le profil du Premier ministre, les uns parlent de «compétence» comme critère fondamental. D’autres insistent sur l’aspect «rassembleur», d’autres encore parlent d’une personnalité «ouverte à l’opposition». Bien plus, rajoute un autre groupe, il faut une personne «loyale» au président de la République.

Pour ce qui est du gouvernement, les propositions sont aussi nombreuses. Il y en a qui refusent que l’on parle d’un «gouvernement d’ouverture», pendant que d’autres l’acquiescent et insistent sur la constitution d’un gouvernement d’ouverture. Encore des avis partagés autour de la constitution d’un «gouvernement d’union nationale». Les uns affirment que cela ne relève nullement d’un principe démocratique pendant qu’une bonne partie croit dur comme fer qu’il faut éviter toute politique d’exclusion en vue de renforcer le processus démocratique. Enfin, un «gouvernement de cohésion nationale», soutient un autre groupe pour ne pas «tuer la démocratie mise mal par les élections du 28 novembre 2011».

Autant de propositions qui se valent les unes les autres mais susceptibles aussi de susciter des remous, voire de rendre difficile la constitution du nouveau gouvernement et créer des frustrations. En fait, ces divergences n’opposent pas seulement la Majorité à l’Opposition, comme on l’a dit, mais sont perceptibles au sein même de ces deux camps. C’est dire que la vision de choses varie d’une personne à l’autre, d’un parti politique à l’autre, quand bien même l’on serait dans la même famille politique. Question d’ambitions personnelles ? Possible.

Au fait, cette question devrait être réglée au sein des partis politiques qui partagent les mêmes convictions politiques. Malheureusement, les alliances contre nature continuent à dominer l’actualité politique et se transforment en divergences politiques.

Force nous est de souligner qu’en politique, chaque mot revêt un sens. C'est-à-dire, «Ouverture, union nationale et cohésion nationale» ne disent pas la même chose, même s’il y a des nuances. Ce sont souvent des «concepts abstraits» qui ne se mesurent que dans l’exercice de ses fonctions, dans la gestion de la chose publique et non avant.

Du choix du Premier ministre

Tout cet exercice cérébral tourne autour de la désignation du futur Premier ministre et de la chasse aux postes ministériels. Le fait qu’il faut identifier une «majorité parlementaire» suscite un débat houleux. Une interprétation sélective. En effet, la Constitution parle d’un Premier issu de la majorité parlementaire. Avec la désignation de l’informateur, il y a lieu d’attendre que celui-ci dégage cette «majorité parlementaire». Celle-ci n’est pas du tout à confondre avec la «majorité présidentielle».

Mais voilà que dans cette interprétation sélective, le vocabulaire s’enrichit chaque jour davantage. D’aucuns relèvent depuis un moment que le Premier ministre devrait être désigné au sein du «Parti qui a la majorité au sein de la majorité présidentielle». D’autres rétorquent que nulle part, dans la Constitution il n’est fait allusion à un parti mais bien à «la majorité parlementaire». Puisque cette désignation relève du pouvoir discrétionnaire du président de la République, ce sera un choix de libre-arbitre. En d’autres termes, si jamais un parti qui, jusque-là faisait partie de l’Opposition et que dans ces consultations, il s’est identifié comme membre de la majorité parlementaire, le chef de l’Etat pourrait aussi puiser en son sein, dans ce parti politique s’il décèle une personne compétente et qu’il a la passion du pays.

La partie devient intéressante. Attendons voir.

Source : Le Potentiel/Kinshasa