LA HAYE (AFP) — Germain Katanga, chef milicien de République démocratique du Congo, accusé de crimes de guerre et contre l'humanité en 2003 en Ituri (nord-est), a été transféré jeudi de Kinshasa à la Cour pénale internationale à La Haye, dont il est devenu le second prisonnier. "Il est arrivé ce midi au centre de détention" de la CPI à La Haye, a déclaré à l'AFP Sonja Robla, porte-parole de la Cour. Katanga est détenu dans la prison de Scheveningen à La Haye, où la CPI loue des cellules. C'est également dans cette prison qu'est le Centre de détention des Nations unies, où vivent les détenus du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. La date de sa première comparution devant la chambre de la CPI, qui sera chargée de confirmer (ou de rejeter) les accusations du procureur avant un éventuel procès n'est pas encore connue. Katanga, 29 ans, était le chef des Forces de résistance patriotiques en Ituri (FRPI), une milice créée fin 2002 avec un soutien ougandais, dont de nombreux membres, des ethnies Lendu et Ngiti, sont soupçonnés d'avoir participé à des massacres à caractère ethnique dirigés contre les Hema. Il est poursuivi par le bureau du procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, pour "trois chefs de crimes contre l'humanité et six chefs de crime de guerre", selon un mandat émis le 2 juillet. Il est notamment accusé de "meurtre", "actes et traitements inhumains", "esclavage sexuel", du fait d'avoir "fait participer des enfants de moins de 15 ans à des hostilités" et d'avoir "dirigé intentionnellement des attaques contre la population civile". Arrêté en mars 2005 à Kinshasa, il a été extrait de la prison centrale de la capitale dans la nuit et a embarqué à bord d'un avion civil affrété par la CPI, qui l'a amené aux Pays-Bas. Germain Katanga est le second chef de guerre d'Ituri transféré à la CPI, après Thomas Lubanga, 46 ans, chef de la milice hema de l'Union des patriotes congolais (UPC), poursuivi pour enrôlement forcé d'enfants. Son procès doit débuter mi-février 2008. La CPI avait ouvert en juin 2004 en Ituri sa première enquête sur les crimes de guerre, après avoir été saisie par le président de RDC, Joseph Kabila. "Nous sommes en train d'analyser une troisième affaire, alors même que la RDC reste en proie à la violence", a déclaré M. Moreno-Ocampo. "Nous devons faire en sorte de rétablir le droit en République démocratique du Congo", a-t-il ajouté, joint par l'AFP en Colombie. "Notre travail est de lutter contre l'impunité (...) et c'est ce que je ferai". Depuis 1999, les violences interethniques et les affrontements entre milices en Ituri ont fait, selon des sources humanitaires, plus de 60.000 morts et plus de 600.000 déplacés. Germain Katanga est soupçonné d'avoir dirigé les FRPI lors de massacres perpétrés à Bunia, capitale du district longtemps occupée par la milice rivale de l'UPC, mais aussi à Nyakunde, Komanda et Bogoro entre fin 2002 et début 2003. L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a salué jeudi son transfert à la Haye, tout à appelant à la CPI à "poursuivre les responsables politiques à Kinshasa, Kampala et Kigali qui ont armé et appuyé les milices opérant en Ituri". Selon HRW, Katanga a dirigé les FRPI au cours de "plusieurs massacres", dont ceux perpétrés à Bunia, chef-lieu du district d'Ituri, Komanda, Bogoro et Nyakunde, où quelque 1.200 personnes, essentiellement des civils hemas, ont été tués. "Il a ordonné, toléré ou personnellement participé à des massacres à caractère ethnique, des meurtres, actes de torture, viols, mutilations et au recrutement d'enfants", affirme encore HRW. La CPI, premier tribunal permanent chargé des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, est devenue une réalité le 1er juillet 2002, après la ratification du traité de Rome par soixante Etats. Elle comptait au 1er janvier 104 Etats parties