Le gouvernement de la République et le Fonds monétaire international sont finalement parvenus à un compromis au terme d’âpres discussions menées autant à Kinshasa qu’à Washington autour du projet de budget 2008. La prise en compte du processus de décentralisation et l’augmentation des salaires au niveau de l’administration sont les derniers verrous sur lesquels se sont concentrés à Washington la délégation congolaise et les experts du FMI. Il n’empêche que des incertitudes persistent quant à l’arrivée à Kinshasa de la mission pour entamer enfin les négociations sur un nouveau programme triennal. Quelle sera dès lors la réaction du gouvernement si l’année 2008 se clôturait sans qu’un accord formel soit conclu entre le FMI et la RDC ? La bataille a été, certes, rude, mais l’essentiel est que la RDC peut se prévaloir aujourd’hui d’un projet consensuel de budget pour l’exercice 2008. Budget intégrant à la fois les aspirations profondes du gouvernement, les aspirations du peuple Congolais : écoles, routes, hopitaux... et les engagements pris devant les institutions financières internationales. Autant dire que le tout dernier déplacement à Washington de la troïka gouvernementale, composée de ministres des Finances et du Budget ainsi que du gouverneur de la Banque centrale du Congo, a porté des fruits. En marge donc de dernières discussions entamées à Washington que le gouvernement congolais est parvenu à un compromis avec les services du Fonds monétaire international sur le projet de budget 2008 à soumettre prochainement à l’examen de l’Assemblée nationale. On peut se permettre de dire que le FMI vient de donner son feu vert pour que le projet de budget soit prêt. DES POINTS D’ACHOPPEMENT Nonobstant ce feu vert, des points de divergences – et non des moindres – subsistent. Les points d’achoppement se situaient au niveau des implications du processus de décentralisation des finances publiques, lesquelles ne sont pas aptes à subir un choc conjoncturel de grande portée que pourrait susciter un tel mécanisme. Le FMI s’est alors interrogé sur la question. Et, le gouvernement de son côté, a présenté ses moyens de défense. Sur ce point, le FMI a invité le gouvernement à s’engager de manière « prudente et graduelle » au processus de décentralisation pour ne pas compromettre les réformes structurelles menées jusqu’ici en vue d’assainir davantage les finances de l’Etat. De la décentralisation, le FMI s’est notamment intéressé à l’affectation aux provinces d’une bonne partie des recettes d’ordre général, soit 40%. Quand on sait que la RDC – en phase de reconstruction – a besoin de plus de fonds pour entamer les grands chantiers, repris dans le programme du gouvernement, il y avait donc de bonnes raisons de s’ y interroger. L’autre inquiétude est née de l’inaptitude des régies financières à répondre aux besoins en ressources du gouvernement. Or, de l’avis du FMI, la décentralisation est au départ un processus coûteux à forte implication sur les équilibres budgétaires. De toutes ces questions, la délégation a dû présenter des moyens de défense qui ont pu finalement conduire le FMI à assouplir sa position. Ce que Xavier Maret, représentant résident du FMI en RDC n’a pas manqué de souligner : « La délégation congolaise a fait un bon travail à Washington (…), Leur moyen de défense a finalement convaincu de la nécessité d’évoluer dans les discussions en adoptant de commun accord les principes de base contenus dans le projet de budget 2008. L’essentiel est que nous sommes finalement parvenus à un cadrage budgétaire qui prenne en compte les principes fondamentaux devant garantir la stabilité du cadre macro-économique », a-t-il souligné. L’autre point de désaccord a été l’augmentation des salaires aux agents et cadres de l’administration publique. En faisant obstacle, le FMI avait-il l’intention de sacrifier le social au profit de la primauté de ses seules options libérales ? Xavier Maret pense le contraire. Selon lui, il est plus important pour le gouvernement de se montrer le plus « réaliste » possible dans l’élaboration du budget 2008. PEG 2 : NEGOCIATIONS EN DECEMBRE Si le compromis de Washington est venu libérer un processus qui commençait à se gripper, il n’en demeure pas moins vrai que le calendrier des actions prévues au départ par le gouvernement risque d’être complètement bouleversé. La première conséquence est évidemment le report annoncé de l’arrivée des experts du FMI. Car, il était prévu, au terme de la mission menée du 19 septembre au 3 octobre 2007, qu’une mission fasse le déplacement de Kinshasa pour amorcer la dernière ligne droit des négociations en vue de la conclusion d’un nouvel accord avec entre le FMI et la RDC au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance. Washington vient de donner son avis favorable à la prochaine mission en RDC. Mais, contrairement aux attentes du gouvernement qui s’y attendait pour la première quinzaine de ce mois de novembre, ce n’est qu’en début décembre que des experts du FMI pourraient faire le déplacement. Non pas pour la conclusion d’un deuxième programme triennal, mais plutôt amorcer le début des négociations. Qu’est-ce qui a été fait jusque là ? Pas grand’chose. Aussi, le gouvernement ne pourrait pas s’attendre à des appuis budgétaires si, entre-temps, il ne parvient pas à s’engager dans un accord formel avec le FMI. Une telle situation rime notamment avec le gel ou quasiment l’absence de tout appui budgétaire si bien que le budget 2008 se retrouverait dans le même décor que le précédent, le budget 2007, exécuté dans des conditions d’absence de tout appui budgétaire des partenaires extérieurs alors qu’il y était prévu près de 40% des recettes exceptionnelles. Décembre noir en vue, serait-on tenté de dire. Car, si le FMI ne peut entamer des négociations d’un nouveau programme triennal qu’en décembre, il sera dès lors difficile au gouvernement d’incorporer dans son projet des recettes exceptionnelles en termes d’appuis budgétaires dont il ne sera pas sûr d’acquérir, faute d’un cadre formel de coopération avec le FMI. Autant dire que malgré le feu vert du FMI sur le projet du budget 2008, aucune avancée significative n’a été enregistrées dans les rapports généralement tumultueux entre le FMI et la RDC. Or, ce projet de budget doit être déposé à l’Assemblée nationale au plus tard le 30 novembre pour autant que la présente session budgétaire se termine le 15 décembre. Si à cette date, c’est-à-dire le 30 novembre, le projet de budget 2008 n’est pas déposé devant l’Assemblée nationale, le gouvernement, selon la Constitution, peut se considérer démissionnaire. En attendant, l’on suppose que le bout du tunnel viendra de la conclusion imminente d’un deuxième Programme économique du gouvernement (Peg). C’est la voie obligée pour que la RDC envisage, en toute sérénité, sa longue marche vers le point d’achèvement à l’initiative des pays très endettés, initiative dans laquelle le pays s’attend à l’annulation d’environ 90% de sa dette extérieure, estimée actuellement à plus de 10 milliards de dollars américains. Source : le potentiel