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Depuis quelques années, à l’initiative de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale du Congo a initié une large opération sur les états généraux des banques commerciales installées dans notre pays, suivi d’un vaste programme de restructuration de toutes ces banques. Malgré toutes ces actions, aucune amélioration du secteur bancaire n’est encore visible. La raison principale, dit-on, c’est l’économie du pays qui tarde à décoller.

Depuis lors, et à l’instar de groupes pétroliers multinationaux, nous assistons au retrait des grands groupes financiers de notre pays, pour exemple, la BBL de l’ex-UBC et la Belgolaise de la BCDC, de même sans parler des hésitations de la Citybank. Plusieurs explications sont données pour ces retraits : faiblesse de l’économie de notre pays, absence de sécurité juridique, environnement économique malsain. Et tout le monde promet de revenir dès que les conditions deviendront plus favorables.

En attendant ces jours meilleurs, qu’est-ce qui se passe dans notre pays ? La réponse est effrayante ! Nous assistons à l’émergence de toutes sortes d’associations sous couvert de banques, parfois de messageries financières et autres genres d’entreprises qui opèrent dans notre pays librement, de manière anarchique sans respect de règle ou de loi. Et à travers leurs opérations, des millions de dollars sont transférés dans des banques à l’étranger.

L’exemple le plus édifiant se trouve à Goma, où une banque opérant en toute légalité, la Banque Privé du Congo (BPC) appartenant à des actionnaires à la nationalité douteuse, récolte chaque jour des millions de dollars auprès des personnes et sociétés congolaises, traverse avec des masses d’argent, sans aucun contrôle de l’autre côté de la frontière au Rwanda où elle les dépose auprès d’une banque sœur rwandaise pour les transférer à l’étranger. Tous les milieux d’affaires à Goma sont au courant, y compris le représentant local de la Banque centrale du Congo. Mais tout le monde laisse faire. Est-ce qu’on connaît les conséquences de ces opérations sur l’économie de notre pays, sa réputation et sa crédibilité ?

Mieux encore, il y a deux semaines, notre gouvernement aurait donné son feu vert à la création de plusieurs nouvelles banques dans notre pays au cours d’une réunion du conseil qui n’a examiné que superficiellement, pour des raisons évidentes, les dossiers de ces banques. De quoi et de qui s’agit-il ? Il s’agit entre autres des banques suivantes :

1- FINCA RD Congo, dont les propriétaires ne sont pas connus car, faisant partie des sociétés offshore.

2- F.I.B., dont les propriétaires majoritaires viennent de la Gambie, pays connu comme plate tournante du trafic de la drogue, est devenue une place financière du continent africain.

3- Mining Bank, avec des promoteurs russes totalement inconnus dans les milieux financiers internationaux.

4- Sofibanque, qui en fait n’est que Soficom transfert qui se transforme en banque pour légaliser les opérations financières irrégulières et illégales que ses associés menaient depuis plusieurs années. A sa tête serait placé un membre de la famille Wazni. Rappelez-vous que les Wazni, ont déjà fait faillite avec deux banques dans notre pays : la Banque de Placement et l’A.T.B., de triste mémoire.

5- Invest Bank, dont les promoteurs seraient des enfants Zaïdan, avec leur père qui a fait mordre la poussière à la RDC.

Avec les nouvelles banques ainsi créées dans la précipitation, où va notre pays ? Certainement vers un Etat où tout serait permis, du blanchiment jusqu’au financement de toutes sortes d’opérations prohibées. Et à nouveau, la RDC sera pointée du doigt, et perdra le peu de crédibilité qui lui reste encore.

Les membres de notre gouvernement auraient dû examiner froidement les dossiers de ces banques pour s’apercevoir du manque de sérieux des promoteurs, de l’absence totale de crédibilité et même des conditions techniques et morales requises par la loi pour ce genre d’agréments. Mais au lieu de cela et sans trop réfléchir aux conséquences néfastes que cela pouvait avoir pour notre pays et pour les autres banques y existantes, le gouvernement, plongé certainement dans une somnolence générale et donc une inconscience totale, a laissé passer ces dossiers.

Pendant ce temps, la reprise des actions de la Belgolaise dans la BCDC par un groupe financier marocain bien connu du monde financier, traîne à être agréée. Nous apprenons que le dossier serait déjà politisé et l’agrément risque d’être rejeté. C’est pour montrer encore une fois qu’en RDC on est capable du tout ….

Vu la gravité de ce dossier, il est donc urgent et nécessaire que le président de la République ordonne le réexamen fouillé et approfondi des dossiers de toutes nos banques, anciennes et nouvelles, afin de déterminer qui est qui et qui fait quoi, d’où vient-il, avec quel associé ? Le Parlement est aussi invité à prendre ses responsabilités en se saisissant de ce dossier et en interpellant le gouvernement afin qu’il s’explique sur la légèreté avec laquelle il est en train de traiter le dossier d’agrément des banques commerciales dans notre pays. C’est seulement de cette manière que nous pourrons sauver la réputation et la crédibilité de notre pays, protéger l’épargne de nos concitoyens, assainir et moraliser le secteur bancaire congolais.

Source : Le Potentiel/RDC