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A peine a-t-il « fêté » l’an 1 de l’investiture de son gouvernement, voilà que les nouvelles du limogeage du Premier ministre Antoine Gizenga se font de plus en plus insistantes. Cette fois-ci, la machine de la succession du patriarche est partie à la quatrième vitesse comme jamais cela n’avait été le cas auparavant. Dans tous les cas, la guerre de tranchées pour la succession du chef du gouvernement est ouverte.

Partira ? Partira pas ? Le départ d’Antoine Gizenga de son poste de premier ministre de l’actuel gouvernement s’est, une fois de plus, fait inviter dans les salons huppés de la ville. On en parle en des termes beaucoup plus précis que naguère au point où les dés semblent définitivement jetés pour l’actuel locataire de l’Hôtel du gouvernement. « Il est en train de passer ses derniers jours à la Primature », affirme une source digne de foi qui fait même état de « tout derniers réglages » qui s’opèrent au niveau de la famille politique du président de la République.

PAS SI FACILE QUE ÇA…

Pour beaucoup, il ne s’agit là que d’une vieille rengaine. Juste pour retomber dans des plaisanteries déjà ressassées du limogeage du premier ministre. Peut-être ont-ils raison dans la mesure où ce n’est pas pour la première fois qu’Antoine Gizenga est donné pour partant de la primature, sans qu’évidemment rien ne change dans la nomenclature. Pour peu qu’on accorde du crédit à ces « spéculations », laisse-t-on entendre sur un ton mi-moqueur mi-sérieux, jamais on n’a jusque-là quitté le domaine de la spéculation ou de ces frémissements à répétition qui, par saison, s’emparent du microcosme politique congolais.

Il est vrai qu’après toutes les péripéties qui ont jalonné les treize mois du « règne » d’Antoine Gizenga, l’heure est venue de donner absolument au pays un nouveau premier ministre. « On ne pense plus autrement à l’Alliance de la majorité présidentielle », confirme un membre de la Coordination de l’AMP dont le parti occupe la position de tête dans cette plate-forme politique. « Au jour d’aujourd’hui, se défend-on, la situation nous exige de prendre cette décision. Cela est d’autant plus vrai que nous parlons déjà du premier ministre Gizenga au passé ». « Si l’AMP ne le fait pas maintenant, avertit la même source, rassurez-vous que notre avenir politique et celui du chef de l’Etat ne seraient plus que derrière nous ».

La question est celle de savoir si le président de la République va en fin de compte se résoudre à se débarrasser d’Antoine Gizenga. « Quels dividendes le chef de la majorité va-t-il en tirer », se demande un autre dirigeant de l’AMP qui ne voit pas Joseph Kabila « prendre pour le moment un tel risque ». Un risque qui n’est pas du tout moindre quand on sait que le président de la République pourrait, dans ce cas-là, se mettre sur son dos tout l’Ouest, plus précisément la province de Bandundu dont les voix ont été déterminantes lors de la présidentielle de 2006.

QUELQUES HYPOTHESES

Fort du fait que le premier ministre n’a pas une côte d’enfer dans l’opinion où l’on critique sans ménagement son action à la tête du gouvernement de coalition, le PPRD, dans sa majorité, ne jure plus que par le départ, hic et nunc, d’Antoine Gizenga. On ne s’en cache plus. « Le décor est déjà planté. Pas question de continuer à soutenir un premier ministre qui a montré ses limites et ses insuffisances ; un premier ministre qui n’est pas visible et audible ».

Mais les choses pourraient ne pas être aussi faciles qu’on le croirait. « On est, rappelle-t-on, en face d’un gouvernement de coalition », qui a pour soubassement l’accord de gouvernement signé, fin 2006, entre l’AMP, le PALU et l’UDEMO. Mais, dans les coulisses du PPRD, l’on susurre que le consensus serait déjà obtenu à ce niveau pour mettre fin à cet accord de gouvernement. « Qui peut accepter que le chef de l’Etat puisse faire demain les frais de la mauvaise prestation du Premier ministre Gizenga », s’interroge-t-on dans ces milieux. « Ce serait suicidaire et pour Joseph Kabila et pour le parti car ils courent le risque, de plus en plus évident, de broyer du noir aux prochains scrutins », ne cesse-t-on de se dire.

L’on estime que plus rien, à ce niveau, ne s’oppose à ce que les pions soient replacés, tout en préservant l’équilibre géopolitique qui veut que le premier ministre soit de l’Ouest, contrairement au président de la République qui est de l’Est. « Même sans Gizenga, les intérêts du Palu seront sauvegardés », affirme-t-on à l’AMP dont la position ne serait pas vue de mauvais œil de la part des chancelleries occidentales qui ne cachent pas leur désenchantement vis-à-vis de l’actuel premier ministre.

Entre-temps, au Palu, on ne veut pas entendre une telle partition dans la mesure où le parti lumumbiste ne continuera à battre qu’au rythme de cet accord de gouvernance qui, selon ses membres, « court jusqu’à la fin de l’actuel mandat » qui est de cinq ans. « Nous nous en tenons à nos engagements comme à la prunelle de nos yeux », se défend-on bec et ongles au Palu.

Même si Antoine Gizenga tombait de son piédestal, il faudrait que le Palu, en tant que partie signataire, se charge de désigner celui qui va prendre la main. « Aucune autre instance que le Palu n’a le droit de proposer le nom du successeur de Gizenga », affirme-t-on.

La situation étant ce qu’elle est aujourd’hui, il est évident que le dernier mot revient au président de la République. Va-t-il faire le reste de son mandat avec ou sans Antoine Gizenga comme premier ministre ? On ne le sait. Mais ce qui est du moins sûr, la guerre de tranchées pour la succession de « Yandi ve » poursuit son bonhomme de chemin.