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KINSHASA - Le sénateur d'opposition de République démocratique du Congo Jean-Pierre Bemba, qui vit à l'étranger depuis avril 2007, a déploré mardi la décision du Sénat de considérer désormais ses absences comme "injustifiées", ce qui pourrait à terme lui faire perdre son mandat.

Le Sénat congolais a annoncé lundi avoir écrit au sénateur Bemba "pour l'informer qu'à partir de la date de la réception de (son) courrier, ses absences non justifiées en plénière commenceront à être comptées".

Selon le règlement intérieur du Sénat, un élu perd son mandat notamment en cas d'"absence non justifiée et non autorisée à plus d'un quart des séances d'une session".

"La question de mon retour reste éminemment politique et doit être traitée comme telle", a déclaré M. Bemba, joint par l'AFP au Portugal où il réside, se disant "surpris" d'avoir appris la décision du Sénat "par voie de presse" et précisant ne pas avoir encore reçu son courrier.

Le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), élu sénateur après sa défaite face à Joseph Kabila à la présidentielle de 2006, a quitté la RDC pour le Portugal le 11 avril 2007 sous escorte de blindés de l'ONU, près de trois semaines après de sanglants combats dans Kinshasa entre sa garde rapprochée et l'armée.

M. Bemba estime vivre "dans un exil forcé" et être empêché de rentrer en RDC où sa sécurité n'est, selon lui, "pas garantie".

Jugeant que la question de la "sécurité" de l'ancien vice-président n'était pas de son ressort, le Sénat avait demandé au Premier ministre Antoine Gizenga de répondre sur cet aspect pour permettre le retour de M. Bemba.

Le gouvernement a affirmé que ce dernier recevait régulièrement ses émoluments (part de son salaire d'ex-vice-président) et qu'il bénéficierait, s'il rentrait, de la même protection que les trois autres anciens vice-présidents.

"Je demande au bureau du Sénat d'accompagner les conditions de mon retour, sachant que j'ai été menacé deux fois dans mon intégrité physique, en août 2006 et mars 2007, quand mes résidences ont été attaquées par des chars d'assaut puis bombardées et pillées par la garde présidentielle", a souligné M. Bemba.

Le chef du premier parti d'opposition du pays a indiqué qu'il allait écrire au gouvernement pour savoir quels seraient ses "interlocuteurs pour discuter des conditions" de son retour.

L'actuelle session parlementaire a débuté le 15 mars et s'achèvera le 15 juin. A partir de cette date, le décompte final des absences de l'opposant sera effectué et une commission spéciale du Sénat statuera sur son cas.

S'il perdait son mandat, M. Bemba perdrait du même coup son immunité et serait susceptible de faire l'objet de poursuites, envisagées contre lui par le parquet général de RDC qui le juge responsable en tant qu'"auteur intellectuel" des violences de mars 2007.