Hopital

«Les malades congolais qui attendent des soins des médecins chinois d’un côté, et de l’autre, les médecins chinois déjà sur place qui attendent que le gouvernement congolais leur autorise de se mettre au travail conformément au protocole d’accord liant les deux parties. Telle est la situation qui prévaut depuis près de deux mois à l’«Hôpital d’amitié sino-congolaise» de la commune de N’Djili. Situation qui provoque, non seulement un manque à gagner important, mais est aussi à la base des morts qui auraient pu être sauvés, s’il n’y avait pas blocage».

Que se passe-t-il à l’«Hôpital d’amitié sino-congolaise» de N’Djili, cette imposante infrastructure médicale, don du peuple chinois au peuple congolais? Pourquoi les médecins de la Mission médicale chinoise n’y travaillent-ils pas encore, alors qu’ils sont sur place depuis plus d’un mois et que les populations de toutes les communes de la capitale veulent les voir à l’œuvre ?

Autant de questions auxquelles le chef de la Mission médicale chinoise, le Dr professeur Xilin Zhao, et le médecin directeur de l’Hôpital d’amitié sino-congolaise, le Dr. Joseph Natiti, ont bien voulu répondre à un groupe de journalistes de l’Agence Chine nouvelle, de l’Agence congolaise de Presse, du quotidien Le Potentiel et du journal l’Observateur qui s’est rendu lundi à cet hôpital.

Selon le Dr. Xilin Zhao, cette mission comprend 17 médecins, à côté de 41 médecins congolais, représentant presque toutes les disciplines médicales, sauf l’oto-rhino-laryngologie. Même la médecine chinoise, l’acupuncture, y est représentée par deux acupuncteurs.

Treizième mission chinoise à être envoyée en RDC en dix ans, et la première après les troubles qui ont caractérisé le Congo, cette mission a été formée en 2006, en marge de la construction de l’Hôpital d’amitié sino-congolaise de N’Djili, inauguré en septembre 2007.

Ses membres, dont l’âge moyen est de 50 ans - trois ayant même dépassé la soixantaine -, viennent de la province chinoise de Hebei. Ils ont été sélectionnés sur base de leurs expériences et soumis à une formation en langue française.

Mais après leur formation, ils ont dû attendre un an, pour que le gouvernement congolais leur trouve des logements à Kinshasa, où ils sont arrivés en deux vagues. La première de six personnes avec le chef de la mission en octobre 2007, et la dernière le 12 mars 2008.

LE BLOCAGE

Le chef de la Mission médicale chinoise s’est cependant étonné de constater que malgré les accords entre les deux gouvernements, les autorités nationales congolaises ne se sont pas préoccupées de logements des médecins chinois. C’est plutôt le gouverneur de la ville de Kinshasa et son ministre de Santé qui s’en sont chargés.

Ce qui le peine le plus est plutôt le blocage fait pour empêcher les médecins chinois de commencer leur travail à l’hôpital.

Selon lui, le protocole d’accord signé le 6 février 2008, dit, en son article 4, que c’est la partie congolaise qui doit faciliter, auprès des ministères et autres institutions du pays, l’obtention des documents devant permettre aux médecins chinois d’exercer.

Mais aujourd’hui, alors que ces médecins sont déjà sur place, on leur demande d’obtenir des numéros matricules auprès de l’Ordre national congolais de médecins, avant d’exercer leur profession. Celui-ci, à son tour, exige des diplômes et autres certificats d’études avant de leur octroyer des numéros matricules.

Selon lui, la Chine a envoyé plus de 50 missions médicales dans plusieurs pays d’Afrique, mais «on n’a jamais demandé certificats, diplômes et autres documents». Même pour les missions médicales chinoises antérieures envoyée en RDC. Pourquoi alors aujourd’hui ?

Toutefois, il a estimé que si ces documents avaient été exigés lors des négociations du protocole d’accord et pendant que ces médecins se trouvaient en Chine, il aurait été plus facile de les fournir.

Qu’on les demande alors que les médecins chinois sont déjà sur place à Kinshasa, après avoir perdu plus d’une année d’attente «c’est vraiment désagréable », s’est-il exclamé. Surtout que ces médecins ne sont pas payés par le gouvernement congolais, mais par le gouvernement chinois. Ici, ils ne bénéficient que du logement et du transport.

«Nous ne travaillons pas pour gagner de l’argent, mais pour renforcer l’amitié en soignant les populations. Nous ne gagnons rien », s’est écrié le Dr Xilin Zhao, visiblement découragé.

Situation que déplore également le docteur Joseph Natiti, médecin directeur de l’Hôpital d’amitié sino-congolaise, puisque la plupart des malades qui viennent pour se faire soigner demandent si les médecins chinois ont déjà commencé le travail. Et chaque fois qu’ils apprennent que ce n’est pas encore le cas, ils rebroussent chemin. Ce qui occasionne un manque à gagner.

Pour lui, l’absence des médecins chinois à l’hôpital, et qui sont les seuls à savoir utiliser certains équipements fournis par la Chine, empêche de faire fonctionner ces derniers, tels que les scanners qui risquent de s’abîmer, faute d’utilisation. Un grand handicap pour l’hôpital.

Bien plus, leurs homologues chinois leur ont demandé de dresser la liste d’équipements qui manquent. Ce qu’ils ne peuvent que s’ils travaillaient ensemble.

La balle est donc dans le camp du gouvernement central qui a, soit mal négocié l’accord pour qu’il y ait un tel malentendu, soit se détourne maintenant de ses obligations. On ne peut comprendre qu’après un accord de gouvernement à gouvernement, la partie chinoise bute aujourd’hui sur le problème d’inscription au tableau de l’ordre de médecins. Une question qui peut se régler entre les deux gouvernements et non entre la Mission médicale chinoise et l’ONM.

source : le Potentiel/kinshasa