Mayobo

Vice de procédure, absence de preuves des faits allégués et, enfin, décision hâtive. Antoine Gizenga Funji a réuni hier le comité exécutif national pour lui demander de post-poser l’application de la mesure portant exclusion de Godefroid Mayobo du Parti Lumumbiste Unifié. Ceci atteste que le Patriarche n’aurait pas été en odeur de sainteté avec Remy Mayele Muiba, signataire du communiqué publié ce lundi dans la presse.
Avec le poids de l’âge et la sagesse, Antoine Gizenga ressemble à un roseau. Il plie mais ne rompt pas, dit-on. Aujourd’hui plus qu’hier, il l’a démontré à travers l’histoire de la RD. Congo. Depuis les années soixante, en effet, il a gardé la dragée haute. De sa tanière de Limeté, l’homme a développé des capacités extraordinaires. Il sait miser sur le temps pour transcender des contradictions et atteindre des visées politiques à l’échelle nationale.
En sera-t-il autant pour le cas de Godefroid Mayobo exclu ce week-end du Palu ? La réponse du Patriarche n’a pas tardé. Déjà, ce lundi 16 juin, il a réuni les membres du comité exécutif national pour leur demander de post-poser l’application de cette mesure d’exclusion.
En clair, le Patriarche impose un veto contre l’exclusion de Godefroid Mayobo du parti. Il aurait relevé dans cette démarche, des vices de procédure ainsi que l’absence manifeste de preuves des faits allégués. Apparemment, cette décision n’était pas mûrie. Et ses auteurs n’ont qu’à reprendre l’entreprise en respectant, cette fois-là, la procédure édictée dans les statuts régissant le parti. Normalement, une décision à ce niveau de responsabilité devait épuiser toutes les étapes de la procédure. Mayobo n’a pas été, par exemple, entendu pour faire valoir ses droits à la défense devant le conseil de discipline du parti. Pas de choix devant la menace de l’implosion du Palu. Antoine Gizenga calme plutôt le jeu et rappelle tout le monde à l’ordre.
Que reproche-t-on à Mayobo ?
Le comité exécutif national a laissé entendre que M. Godefroid Mayobo s’est rendu coupable de manquements graves à la discipline du parti. Ici, il lui est reproché d’avoir initié, inspiré ou créé des associations concurrentes et déloyales. C’est le cas des structures telles : « les amis de Mayobo », « la Fondation Mayobo » ou la « Fraternité des natifs de Kikwit ». Au terme de sa décision d’exclusion, le comité exécutif national recommandait, en outre, la perte, pour Mayobo, de sa qualité de ministre près le Premier Ministre. Il s’agissait d’une volonté de mettre fin à « une certaine privatisation du Premier Ministre dont Mayobo serait l’auteur ».
La dérive tribale en action
La dérive tribale ne devrait pas l’emporter sur l’orthodoxie et la rigueur dans la prise de décision. Un des proches de Mayobo contacté par La Prospérité parle simplement d’un règlement des comptes. « Les gens estiment qu’il a trop bouffé seul et qu’il doit laisser la place aux autres », conclut-il. D’autres craignent, par contre, que Mayobo ne fasse ombrage à Gizenga au cas où la perspective d’un changement à la primature se précisait. Dans les salons huppés, il avait été longuement discuté d’une possibilité d’ouvrir une fenêtre au départ « négocié » de l’actuel Premier Ministre. Le personnage de Mayobo gêne les calculs de ceux qui pensent qu’il doit tout au Patriarche et non, l’inverse.

Source : la prosperité/Kinshasa