poubelleFini le spectacle des petits sachets blanchâtres qui jonchaient les rues et tourbillonnaient au passage d’un véhicule ou au moindre coup de vent. Mbandaka, chef-lieu de la province de l’Equateur au nord de la République démocratique du Congo, a en effet presque réussi le pari de se débarrasser de ces encombrants emballages qui salissent la plupart des villes du pays. Communément appelés "08" et utilisés dans les marchés, les boutiques et par les petits vendeurs de rue d’eau froide, leur commercialisation a été strictement interdite par le gouverneur de province, en avril. Depuis lors, la ville offre un tout nouveau visage : les tas d’immondices contenant ces sacs en plastique autrefois déversés dans les caniveaux ou ça et là ont disparu, les avenues et rues sont dégagées, plus propres et bien tenues…
Maire de Mbandaka, Alexis Isandjola Ifefe est fier du résultat de cette lutte acharnée contre l’insalubrité. "Le sachet 08 a été pour la ville un véritable casse-tête", avoue-t-il. Au vu de l’image actuelle que présente sa ville, il affirme qu’elle est la plus propre du pays. "De nombreux visiteurs que nous recevons à la mairie nous le confirment", avance-t-il.
Ce combat contre l’insalubrité à Mbandaka a débuté en 2007. Les vendeurs installés le long des rues ont été déguerpis et leurs kiosques démolis. L’autorité a, en même temps, réinstauré les travaux collectifs de salubrité (salongo) et lancé les travaux de réhabilitation de la voirie urbaine.

Petit commerce polluant
Mais tout cela ne valait pas la peine, si le commerce de l’eau en sachet, considéré comme la principale source de la malpropreté de la ville, se poursuivait. "Avec nous, il ne se pose pas tellement de problème, déclare Emilie Bomolo, une vendeuse d’huile de palme au petit marché d’Ekunde. Car nos clients amènent leurs colis à la maison. Mais ceux qui achètent l’eau froide en sachet la boivent et jettent immédiatement l’emballage n’importe où et n’importe comment !".
De nombreuses mesures ont souvent été prises contre cette activité informelle, mais elles se sont toutes avérées inefficaces. L’insalubrité allait grandissante à Mbandaka, et les dégâts causés à l’environnement par ces sachets en plastique, tels l’appauvrissement du sol ou l’obturation des caniveaux, rendaient difficiles les travaux de drainage. Ainsi pour le maire, "seule l’interdiction de la vente du 08 pouvait arrêter la prolifération de ce commerce très polluant."
Aujourd’hui, cette mesure réjouit la population, qui se félicite de voir sa ville devenue plus propre qu’avant. Certains, comme ce vendeur de magasin au centre-ville, avoue "n’avoir plus grand-chose à faire" lors des travaux de salubrité communautaires exécutés chaque samedi. Les maraîchers de la ville se frottent, eux aussi, les mains. Désormais, ils recueillent sans trop de peine, le compost déjà débarrassé de ces composants indésirables (sachets).

La police veille au grain
Pour faire face à cette mesure, les vendeurs d’eau qui n’ont que cette activité comme source de revenu, utilisent à présent des bouteilles d’eau minérale de récupération vendues sur le marché local, ou récupérées auprès du personnel de la Monuc (Mission des Nations unies au Congo). Dans les marchés et boutiques, c’est le retour du papier emballage, ou du "nkongo", une sorte de feuille sauvage très utilisée dans la cuisson des aliments à l’étuvée. Les acheteurs regrettent toutefois que ces emballages, difficiles à trouver, ne soient pas aussi pratiques que le 08. "Avec le sachet en plastique, on pouvait tout emballer, céréales comme oléagineux, même du vin de palme…", se désole José Bamwinda, un habitant de Mbandaka II.
Qu’à cela ne tienne, Alexis Isandjola reste ferme. "Les policiers continueront à traquer les récalcitrants et à confisquer tout sachet vide ou contenant de l’eau trouvé entre les mains des vendeurs…", martèle-t-il. Il a instruit les chefs des marchés et des pavillons de dénoncer la moindre présence de sachets chez les vendeurs. Quant à la Direction générale de migration, elle est chargée de veiller à ce que le 08 ne puisse entrer dans la ville.
Pour faciliter la collecte des ordures, une Ong locale a offert une vingtaine de poubelles à la mairie. Mais le maire regrette que les 18 % du budget réservés aux provinces et devant revenir aux villes ne soient pas encore accordés. "Sinon, nous aurions davantage assaini Mbandaka qui est le siège des institutions provinciales…", dit-il, un peu amerpoubelle

source : agence Syfia