barrage_inga_La République démocratique du Congo est en rupture d’énergie. Et pourtant, elle possède l’un des plus grands barrages hydroélectriques du monde : Inga. Raison pour laquelle le Sénat a interpellé dernièrement la haute direction de la SNEL pour s’expliquer sur cette situation qui perturbe la quiétude des ménages, décourage les investisseurs et freine le développement des industries locales. Et pourtant, il existe un projet de réhabilitation d’Inga depuis 2002. Mais voilà que pour un gap de 170 millions de dollars, ce projet risque de se transformer en une illusion. Manque de volonté politique de la part du gouvernement congolais. Absence de vision macroéconomique.

Que de programmes et projets pour la réhabilitation de la centrale d’Inga. La Banque mondiale, qui avait, la première, manifesté l’intention de s’y frotter au travers le Programme multisectoriel d’urgence de réhabilitation et de reconstruction (Pmurr), s’estime presque dépassée par l’ampleur des travaux. En effet, il faut aujourd’hui, selon le cabinet Fichner, 417 millions Usd pour réhabiliter les 10 groupes d’Inga I et II. Mais, dans la gibecière, à peine 250 millions Usd seraient disponibles, dont 230 millions pour le compte de la Banque mondiale. Toutefois, cette banque ne serait pas prête à faire plus. Il y a donc un gap à couvrir, soit près de 170 millions Usd.

Du côté congolais, silence total dans le camp gouvernemental. Poussant ainsi la Banque mondiale à se tourner du côté des privés, notamment les entreprises minières du Katanga.

417 millions Usd pour Inga I et II

En fait, de toutes les promesses faites depuis le lancement en 2002 du Programme multisectoriel d’urgence de réhabilitation et de reconstruction (Pmurr), financé à hauteur de 454 millions Usd par la Banque mondiale, aucune d’elles n’a franchi le seuil du virtuel. On a tergiversé, tâtonné sans concrétisation. Aujourd’hui, la centrale hydroélectrique d’Inga a besoin d’une cure de jouvence en vue de mieux remplir son rôle économique doublé du social, non seulement pour la RDC mais aussi pour d’autres sous-régions d’Afrique. Cependant, il faut préalablement débloquer d’importantes sommes d’argent pour y arriver. D’où ce projet de réhabilitation d’Inga.

Selon une récente étude menée par le cabinet d’ingénierie Fichner, pour le compte de la Banque mondiale, il faut aujourd’hui 417 millions de dollars américains afin de remettre en état 10 groupes d’Inga I et II. Dans l’enveloppe prévue à cet effet, le projet ne dispose que de 250 millions Usd, dont 230 millions débloqués par la Banque mondiale. Il y a donc un gap à couvrir de l’ ordre de 170 millions de dollars US. Mais, où trouver le surcoût lorsqu’à Kinshasa, rien ne semble bouger dans ce sens ?

En séjour à Kinshasa depuis quelques jours, Michel E. Layec, économiste en chef de la Banque mondiale pour les questions d’énergie en Afrique, s’est posé quasiment la même question lors d’une rencontre, hier lundi, avec un groupe de journalistes. L’expert de la Banque mondiale a reconnu l’urgence d’entreprendre non pas seulement pour la RDC mais aussi pour d’autres pays branchés sur le projet, de remise à niveau des installations hydroélectriques d’Inga. Mais, au préalable, réunir les moyens financiers nécessaires qui ont presque doublé depuis l’adoption du projet il y a de cela cinq ans.

La stratégie pour la Banque mondiale est de mobiliser, en associant éventuellement des partenaires privés, sur base des clauses « justes et transparentes », dans le projet de réhabilitation d’Inga. Mais, sur la participation de la RDC à ce projet, rien n’a été évoqué dans ce sens. D’où, des interrogations sur ce qui adviendrait au gouvernement s’il se met à l’écart d’un projet qu’il devait logiquement s’approprier pour une cause nationale.

Il y a aujourd’hui près de 170 millions Usd à mobiliser afin de boucler, entre 8 et 10 ans, les travaux nécessaires à la réhabilitation de 14 groupes d’Inga I et II. Paradoxe, là où le gouvernement devrait se montrer plus actif, d’autres partenaires extérieurs se mobilisent en lieu et place du gouvernement congolais. Tout se passe comme si le dossier Inga ne l’intéressait guère. Alors que c’est un patrimoine national qui est en jeu. Patrimoine au centre de nombreuses tractations à l’échelle mondiale depuis plusieurs années.

En jetant un coup d’œil sur les prévisions budgétaires 2009, dans le cadre de 5 chantiers, le gouvernement n’a prévu que 27,5 milliards de Fc pour le chantier Eau et Electricité, soit 4,5 millions de dollars. Et pourtant, il s’agit d’un secteur prioritaire et de surcroît générateur de recettes. Raison pour laquelle, le Sénat a interpellé dernièrement la haute direction de la SNEL pour de plus amples explications sur la gestion de cette entreprise. Après audition, la déception est totale. La crainte de voir le projet de réhabilitation d’Inga se traduire en une illusion est grande. Faute de volonté politique et de vision macroéconomique.

Certes, la Banque mondiale manifeste l’intention d’associer d’autres partenaires, fussent-ils privés, au projet de réhabilitation d’Inga. Il y a vraisemblablement là une brèche où la RDC peut s’engouffrer en vue de concrétiser ce vaste projet d’Inga I et II. Mais la question est celle de savoir si Kinshasa a saisi réellement cette opportunité pour prendre part à ce challenge.

Apparemment, la réponse est négative. Puisque l’on parle de la réhabilitation d’Inga dans certaines rencontres internationales sans que la RDC y soit associée. Serait-ce dû à ce manque de volonté d’apporter un centime de dollar dans le projet pour la politique de la main tendue et une mauvaise gestion de ce que l’on reçoit ? La volte-face de la Banque mondiale confirmerait en grande partie cette hypothèse.

Pour preuve, convaincue de cette incapacité du gouvernement à mobiliser des fonds nécessaires à la mise en œuvre du projet de réhabilitation d’Inga I et II, c’est, dans un premier temps, vers des entreprises minières, membres de la Fédération des entreprises du Congo (Fec), que la Banque mondiale s’est tournée.

Au cours d’une rencontre le 13 novembre 2008 à sa représentation de Kinshasa, en présence, outre de sa directrice des opérations pour la RDC et le Congo/Brazzaville, mais aussi de ses experts en énergie dépêchés par Washington, la Banque mondiale a clairement exposé, devant le gouvernement congolais, avec à ses côtés la FEC, sa vision pour la concrétisation du projet de réhabilitation d’Inga I et II.

L’objectif de la rencontre, avait rapporté la FEC, était « d’envisager les voies et moyens d’améliorer le secteur de la production et du transport de l’énergie, en particulier en ce qui concerne le programme de développement retenu pour Inga ».

La Banque Mondiale se rétracte

Faisant le compte rendu de la réunion, un document interne de la Fec indique : « la Banque a ré-estimé les financements nécessaires pour la réalisation de son programme et arrive à la conclusion que depuis les premières évaluations, le coût des travaux a pratiquement doublé ». « Il s’avère donc nécessaire, poursuit le document, pour la Banque mondiale de trouver des financements privés pour couvrir le gap et notamment de s’assurer si le secteur minier ne serait pas intéressé de participer à ces développements ». C’est tout dire.

La position, unanimement adoptée à cette rencontre, ne précise nullement la place du gouvernement dans ce nouveau montage financier. Toutefois, il n’est pas encore trop tard pour la RDC de se ressaisir en mettant tout en oeuvre pour retrouver sa place dans le projet de réhabilitation d’Inga. Ceci est d’autant plus évident qu’il y a urgence de le faire maintenant avant de crier au bradage du patrimoine national quand tout aura été consommé.

La réhabilitation d’Inga présente un déficit de financement de presque 170 millions Usd. Pour raison d’inaptitude du gouvernement, la Banque mondiale, qui pilote le projet, a préféré se tourner vers les « minings », sans doute jugés plus crédibles et liquides que l’Etat congolais. Mais le drame est que si Inga devait se refaire grâce au financement essentiellement extérieur et privé, la RDC n’aura tiré aucun dividende.

Source:le potentiel/Kinshasa