« Bridging Operation », code attribué à l’envoi des troupes européennes en République démocratique du Congo, n’aura pas lieu. En lieu et place, la Belgique apportera un appui logistique à la Monuc. Sans plus. Mais désormais, les regards sont tournés vers la SADC et la CEEAC. Obligation à l’Afrique de s’assumer et à Kinshasa de tirer les leçons utiles de ce refus européen.

La réponse de l’Union européenne au secrétaire général de l’ONU et qui lui sera transmise officiellement aujourd’hui vendredi 5 décembre n’est plus un mystère. Pas de « Bridging Operation », code attribué à l’envoi des troupes européennes en République démocratique du Congo. Opération humanitaire, un pont, qui devrait servir de transition au déploiement des casques bleus supplémentaires, 3.000 au total, en vue de renforcer la Monuc. Du moins dans l’immédiat.

Constat malheureux intervenu après le tour européen de table de Karel De Gucht, ministre belge des Affaires étrangères auprès de ses homologues européens ; notamment ceux de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne. Fait confirmé par Javier Solana, Haut cadre européen de l’Union européenne pour les Affaires étrangères qui a précisé que la question n’était pas à l’ordre du jour.

Devant ce refus, la Belgique a décidé de réagir. C’est ainsi qu’au cours de la réunion du Comité ministériel retreint de mercredi, la Belgique a décidé de participer au renforcement de la Monuc sur le plan de transport et renseignements militaires. Une équipe a été mise en place sous la présidence du chef d’Etat-major de l’armée belge, rappelé d’urgence de Bénin où il était en mission. Ils évalueront la logistique nécessaire pour fournir des avions C-130, des hélicoptères et des drones à la Monuc tout en s’occupant de l’analyse des renseignements militaires.

Toutefois, cette question sera de nouveau réexaminée lors de la prochaine réunion de l’Union européenne des 11 et 12 décembre 2008. En attendant, l’Union européenne vient de dire non à l’envoi des troupes en République démocratique du Congo. Et pourtant, cette même Union européenne venait d’être rattrapée par l’histoire. La reprise des hostilités au Kivu, si elle est en partie liée à l’attitude des Congolais victime de leurs propres turpitudes, elle signifierait en d’autres termes que l’appui apporté au processus électoral par l’Union européenne a été une œuvre inachevée. Que moralement, elle devrait s’investir pour contraindre les ennemis de la RDC à ne pas remettre en cause l’ordre constitutionnel issu des élections de 2006.

Mais il pourrait y avoir une autre raison valable à cette attitude « libre » des Etats européens. Il s’agit du caractère indéniable de cette guerre ; une guerre économique commanditée par des multinationales que l’Europe ne peut prétendre les ignorer. Il existe par conséquent des « intérêts économiques » qui conditionnent certains comportements. Enfin, l’ombre de la « convention sino-congolaise » qui a frustré bien des Etats européens. Ils auraient décidé de « sanctionner » Kinshasa et ne pas voler au secours du pouvoir en place.

L’Afrique appelée à réagir

Qu’à cela ne tienne. Aucune hypothèse ne peut être exclue. Mais devant cette attitude européenne qui place l’Afrique devant ses responsabilités, l’Union africaine devrait réagir sans tarder. Serait-ce dans ce sens qu’il faudrait interpréter le message de soutien de mercredi de Jean Ping, président de la Commission africaine à Kinshasa ? Si tel était le cas, l’Union africaine ne devrait nullement s’arrêter en si bon chemin pendant que l’on attend des actions concrètes pour sortir des sentiers battus. Elle doit agir comme elle l’a fait au Darfour et en Somalie.

L’on doit par conséquent songer à réactiver la résolution des pays membres de la SADC qui avaient promis d’envoyer des troupes en République démocratique du Congo. Des experts militaires avaient même effectué le déplacement sur le terrain et que entre-temps, l’on avait demandé à ce que cette aide aille en même temps aux FARDC en pleine restructuration. Aussi, devant la réticence de l’Union européenne, l’Union africaine peut-elle brandir la disponibilité de la SADC, quitte à fournir de la logistique nécessaire si des Etats européens refusent que des soldats européens meurent en Afrique.

Entre-temps, la CEEAC qui a projeté une réunion extraordinaire la semaine prochaine à Kinshasa, précédée par la rencontre des chefs d’Etat-major des armées des pays membres de cette organisation, s’engouffrer dans cette brèche pour la colmater. Il est prévu également une session extraordinaire de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL, à Nairobi.

Des propositions pragmatiques devraient être faites pour éviter de créer un vide, un temps mort porteur de germes de relance des hostilités. L’Union africaine doit briser le silence et la monotonie en évitant de demeurer toujours sur le boulevard de l’immobilisme. En d’autres termes, l’Afrique doit bouger. Les regards sont tournés vers la SADC et la CEEAC qui seraient très avancés dans leurs réflexions pour démontrer à l’ Union européenne que le temps de s’accrocher à des subterfuges est révolu pour mieux sceller un partenariat responsable et non subtile. Une initiative qui ne manquera pas d’avoir l’appui de l’ONU, de l’Union européenne.

Kinshasa : obligation de s’assumer

De ce qui précède, il revient à Kinshasa de prendre le taureau par les cornes et de jouer le grand rôle qui lui revient. Dans la mesure où le temps n’est pas en sa faveur.

En effet, plus les choses trainent, plus le provisoire s’impose. Et dans le cas d’espèce, cela fait l’affaire de la rébellion qui réconforte tant ses positions militaires que territoriales tout en attisant des appétits économiques.

fardc_soldatsL’analyse rapide de l’attitude européenne devrait conduire à user des prérogatives constitutionnelles et souveraines pour défendre à tout prix l’intégrité territoriale. C’est-à6dire, ramener la paix en Rdc. Par voie politique et diplomatique, prendre toujours l’initiative des opérations, sans compromission et sans négliger les efforts déjà accomplis au plan continental et international.

L’essentiel maintenant pour Kinshasa ne consiste pas à mettre tout le monde à dos, mais plutôt à rassurer tous les partenaires de cette volonté réelle d’aller vers la paix, la stabilité. La conjugaison positive des actions diplomatiques exercerait une pression réelle sur la rébellion et les pays voisins qui soutiennent la guerre au Kivu.

Parallèlement à cette action politique, au plan interne, et diplomatique, Kinshasa a l’obligation morale et politique de recourir aux accords bilatéraux de défense, au Pacte de sécurité et de non agression ratifié au plan régional pour s’adresser à des Etats amis disposés à combler le déficit au plan militaire pour accomplir la même mission confiée à « Bridging Operation ». Qui dit mieux ?

Source : le Potentiel/Kinshasa