Entreprises_Mini_resC’est depuis plus d’une semaine que les activités de prospection et de production des diamants se sont totalement arrêtées à la Minière de Bakwanga (Miba). Il n’y a que l’administration qui essaie de donner un semblant de vie à une société qui n’est ce qu’elle est que lorsque ça bourdonne de ses gisements à ciel ouvert au centre de triage. Cette fois, il ne s’agit pas d’un arrêt de travail consécutif à une grève du personnel ou à une panne technique mais plutôt aux difficultés de trésorerie qui accablent ce géant minier à la suite des « efforts de guerre » à répétition de 1996 à ce jour et surtout du « hold up » opéré par la Sengamines sur ses pièces de joaillerie entre 1999 et 2003. Alors qu’elle traîne un lourd passif financier et qu’elle ne tenait le coup que grâce à des opérations de préfinancement de ses campagnes de production par voie bancaire, notamment la BCDC et Rawbank, la Miba se trouve sans le sou, ses banquiers lui refusent de nouvelles avances de fonds, à cause de la non liquidation des dettes pendantes. Compte tenu du non remboursement des prêts bancaires à échéance due, les milieux financiers se méfient désormais d’une débitrice aux caisses sonnant souvent creux.

Une crise multiforme La menace de banqueroute qui frappe aux portes de la Miba relève de plusieurs origines. Il y a d’abord et avant tout le problème de l’obsolence de l’outil de travail. Suite à une gestion peu orthodoxe des revenus de vente du diamant depuis des décennies et à l’absence d’une politique de planification de renouvellement et de modernisation de ses équipements techniques, cette société d’économie mixte fonctionne aujourd’hui avec des machines de prospection et d’extraction ayant largement dépassé la limite d’âge. En conséquence, la quantité de diamants produits n’a fait que baisser au fil des ans. On cite, en second lieu, les ponctions politiques dans les caisses de la Miba, pour répondre aux besoins urgents des « guerres » qui déchirent le pays depuis octobre 1996, date de la naissance de la rébellion de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo). Voici plus de 12 ans que le cycle infernal des conflits armés continue, faisant du diamant le principal « nerf » de la guerre. D’aucuns épinglent le partenariat avec Sengamines, une nébuleuse regroupant l’Etat congolais, des particuliers congolais et expatriés, notamment des Zimbabwéens et des Asiatiques du Groupe Oryx Mining, comme l’une des arnaques ayant hypothéqué les gisements de joaillerie les plus juteux de la Miba situés à Senga-Senga, dans le territoire de Miabi, et consacré son arrêt de mort. Il y a aussi le désengagement financier des Belges de Sibeka et des Sud-Africains de De Beers, il y a quelques années, qui s’était traduit par l’effritement du capital social et l’accroissement de la crise de confiance entre la Miba et les banquiers à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. On parle, ces dernières semaines de l’effondrement généralisé des cours des matières premières sur le marché mondial. D’où, forcément, le diamant ne pouvait pas échapper au couperet de la récession. On faisait état, il y a peu, du carat du diamant qui se commercialisait en-déça de 15 dollars américains, soit moins de la moitié de son prix traditionnel. Le chaos financier Comme recettes mensuelles, l’on avançait, au mois d’octobre, le chiffre d’environ 1,5 millions dollars US, ce qui représentait moins de l’enveloppe salariale mensuelle évaluée autour de deux millions US. Or, la Miba devait à la fois faire face aux frais de fonctionnement, de maintenance sinon de renouvellement de l’outil de travail, de paiement des salaires et « colis » alimentaires, de remboursement des crédits bancaires, etc. Le fardeau était devenu trop lourd à porter pour une société qui a longtemps géré un déficit financier qui est allé crescendo. La pléthore du personnel, surtout administratif, occasionnée par des recrutements liés à des mobiles politiques, n’était pas pour atténuer les ennuis financiers du colosse minier aux pieds d’argile. Mwana Africa : la bouée de sauvetage La firme sud-africaine Mwana Africa, dont le « Chairman » se trouve être un Congolais d’une famille bourgeoise bien connue de la place de Kinshasa, s’est annoncée comme future partenaire de la Miba. Le montage financier nécessaire à la relance de la production s’articulerait autour d’une enveloppe de 110 millions de dollars américains. Mais Mwana Africa a posé, entre autres préalables, la restructuration du Conseil d’Administration, dans le sens de la collégialité effective dans la prise des décisions de management. En clair, la vielle pratique de la concentration des pouvoirs entre les mains du Président Administrateur Délégué devrait être abandonnée. Il est exigé aussi la claire traçabilité du diamant congolais, de l’extraction à la commercialisation des shipments sur les marchés internationaux, notamment ceux d’Anvers et de Tel Aviv. Dans la même logique, un dégraissage drastique du personnel est attendu, sur base de la refonte totale de l’organigramme de la société, de manière à respecter la légendaire pyramide entre cadres et agents. Mais, en attendant l’apport financier salvateur de Mwana Africa, la Miba a besoin, dans l’immédiat, d’un matelas financier du gouvernement congolais pour lui permettre de survivre jusqu’à la mise en route de son partenariat avec la firme précitée. Sans une opération urgente de perfusion financière gouvernementale, pense-t-on, Mwana Africa risque d’intervenir sur le tard, au moment tout serait déjà consommé.

source : le Phare/kinshasa