drapeauEspoir quelque peu déçu. Un goût d’inachevé. Nairobi III n’a pas encore clôturé ses travaux qui devraient initialement prendre fin samedi et l’accord du cessez-le-feu n’est pas signé. En lieu et place, les deux parties ont convenu sur les modalités de discussions et que les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat n’effectueront pas le déplacement. Entre-temps, une rencontre à haut niveau aura lieu le 31 janvier à Addis Abeba.

Le gouvernement et la rébellion du CNDP continuent à échanger à Nairobi, seuls à seuls, entre Congolais. La médiation onusienne compte, elle, arracher la signature du cessez-le-feu et, forte de cet atout, organiser le sommet des chefs d’Etat des pays des Grands Lacs à la fin de ce mois alors qu’il était projeté pour le 15 janvier. L’heure est à l’examen des questions de fond.

Les Congolais n’ont pas encore signé l’accord de cessez-le-feu. Cette signature devrait en principe intervenir le samedi 10 janvier. Mais en lieu et place, lundi, les deux parties ont convenu sur les modalités de discussion. Elles n’ont pas non plus quitté la capitale kenyane.

Lueur d’espoir : les délégués du gouvernement et ceux de la rébellion se sont parlés, entre Congolais, sans témoins, pendant trois heures durant la journée de dimanche. Ainsi en avait voulu la médiation onusienne conduite à Nairobi par les anciens présidents nigérian Olusegun Obasanjo et tanzanien Benjamin M’Kapa, épaulés par le ministre kenyan des Affaires étrangères, Moses Watengula.

En attendant l’issue de ce troisième round des négociations, les Congolais et la communauté internationale retiennent leur souffle. Rappelons que les pourparlers mettent face à face, à la demande de la rébellion, les délégués du gouvernement de la République démocratique du Congo et ceux du CNDP de Nkunda.

Les problèmes de fond

Quoi qu’il en soit, la médiation onusienne pense déjà au lendemain de Nairobi III. Il est question, pour l’Onu, de réunir tous les chefs d’Etat de la région des Grands Lacs afin de les impliquer dans l’application des conclusions découlant des pourparlers entre les parties congolaises. Cette réunion devrait se tenir le 15 janvier. Mais puisque les négociateurs continuent à jouer les prolongations, elle a été projetée pour la fin de ce mois de janvier, précisément le 31 courant et se tiendra à Addis Abeba, capitale de l’Ethiopie, siège de l’Union africaine. Question de donner plus de solennité au résultat de ces négociations.

Cette rencontre au somment est organisée conjointement par l’Union africaine et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL. Le choix de cette date n’est pas fortuite pour autant que 1er et 3 février 2009 se tiendra dans la capitale éthiopienne le sommet de l’Union africaine. Quasiment tous les chefs d’Etat africains y seront présents et l’UA se prépare à leur transmettre le dossier RDC aussitôt qu’ il aura été examiné par les chefs d’Etat des pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.

En prévision de ces deux rencontres, le médiateur onusien, Olusegun Obasanjo a quitté Nairobi hier mardi pour New York pour faire rapport au Conseil de sécurité sur le déroulement des travaux. Aussitôt près, il s’envolera pour Addis Abeba.

Il est question, aussi, d’examiner, par de-là les rébellions respectives, les questions de fond qui sous-tendent les rébellions au Kivu et opposent certains Etats de la région, notamment la RDC et le Rwanda. On sait que la sécurité dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu est intimement liée à la présence, sur le sol du Kivu, des rebelles rwandais (FDLR, Interahamwe). Une présence qui inquiète le Rwanda depuis 1994, année de leur exil en terre congolaise après le génocide. A ce sujet, le gouvernement congolais, après avoir signé un accord avec le Rwanda le 5 décembre 2008 à Goma, a décidé d’user de la force pour désarmer les FDLR. Une question qui sera incontestablement soumise à Addis Abeba.

Evoquer les problèmes de fond, que devraient examiner les chefs d’Etat ramène sur le tapis une interrogation pour le moins suspecte. Quelle est la nature de ces problèmes ? S’agira-t-il de remettre au gouvernement de Kinshasa les moyens de rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire national, y compris sur le Rutshuru actuellement sous la coupe de la rébellion CNDP ?

On s’attend à ce que soient examinées, une fois de plus, le problème de la protection des minorités, l’entrée du CNDP au gouvernement, l’intégration de ses éléments au sein des FARDC, l’amnistie, et pourquoi pas le « Plan Herman Cohen » qui n’a pas été brandi au hasard…

Il est un fait que l’ouverture politique aux éléments du CNDP devrait se faire dans cet élan de l’unité et de la concorde nationale sans affecter l’ordre constitutionnel actuel. Examiner ce problème sous un autre angle conduirait à un retour à la case départ. Quant à l’intégration des éléments de CNDP au sein des FARDC, elle devrait obéir à la même logique pour permettre à la RDC de se doter d’une véritable armée nationale et favoriser la compénétration nationale. Dès lors, il faudra s’interroger sur les raisons fondamentales qui ont poussé Nkunda à ne pas rejoindre les FARDC et lui ont permis de garder la puissance de feu du RDC-Goma.

Dans ce même élan d’interrogations, il y a bien sûr « le Plan Cohen » qui vise à renforcer l’économie du Rwanda, de l’Ouganda, du Kenya, de la Tanzanie et Burundi au détriment de l’économie nationale de la RDC. Pourquoi ? Il y a au-delà de cet aspect du problème, toujours ce spectre de la balkanisation de la RDC. Toutes les questions de fond tournent autour de cette hypothèse.

Demeurer vigilants

Les chefs d’Etat seront-ils assez unis, sincères pour décider, d’un commun accord, de passer à la phase d’application des accords précédemment signés à Nairobi ? Allusion est ici faite au texte qui prévoit la traque des FDLR au cas où leurs milices n’accepteraient pas la démobilisation volontaire ou le rapatriement vers le Rwanda. Que prévoit l’accord de Goma du 5 décembre 2008 entre Kinshasa et Kigali pour neutraliser les FDLR ? Devra-t-on s’attendre à une action militaire conjointe FARDC-DFR en RDC à l’image de ce qui se déroule actuellement en Ituri avec les armées congolaise, ougandaise et soudanaise contre la LRA ? Que dire du pont que devra couper Kigali, principal soutien du CNDP, afin de pouvoir normaliser ses relations avec Kinshasa. Les prochaines heures fixeront les opinions. Toutefois, les Congolais doivent, dans leur ensemble, demeurer vigilants. Des coups fourrés contre la souveraineté nationale et contre l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation ne sont pas à écarter. Les thèses maintes fois dénoncées sur la volonté extérieure de partition de la RDC, au profit des voisins géographiquement handicapés, font encore florès.

A la veille de la conférence des chefs d’Etat et du sommet de l’UA, Kinshasa doit se préparer à affronter, avec des arguments solides, de telles éventualités. Il sied de rappeler qu’aucun dirigeant n’a reçu du peuple le pouvoir de brader la souveraineté de la RDC sur son territoire. Nairobi III qui vient d’être délocalisée au profit d’Addis-Abeba sera certainement une occasion de réaffirmer haut et fort cette profession de foi collective.

Source : le Potentiel/Kinshasa