Carte_RDCLes micro-barrages installés sur certaines rivières du Sud Kivu se multiplient apportant l'électricité aux habitants. Une petite révolution dans les campagnes, qui rend possible de nouvelles activités et facilite la vie quotidienne.
Pas d’essor économique, de développement durable, ni de sécurité sans énergie électrique. Au Sud-Kivu, tout le monde est unanime sur ce constat. C'est pourquoi plusieurs localités qui n'ont jamais eu l'électricité et qui n'ont aucun espoir d'être branchées rapidement sur le réseau, déjà saturé, ont installé des microcentrales hydroélectriques. C’est le cas à Idjwi, Walungu et Kaziba.

Ces localités ont des atouts : leurs multiples rivières et la volonté de sortir du noir. Ce sont généralement des particuliers qui prennent l'initiative de la construction de ces micro-barrages, faits de matériaux de fortune, faute de mieux. Ces installations ont toutes les mêmes caractéristiques : captage d’eau sur une rivière, canal d’amenée d’eau rudimentaire alimentant une turbine et des alternateurs souvent peu puissants et d'anciennes générations. "Ce n’est pas encore du performant comme on l’aurait souhaité", reconnaît Karhamire, un des initiateurs dans la zone de Kaziba.

Multiples initiatives

À Idjwi, la grande île congolaise en plein lac Kivu, Dominique Rukara Kamuzinzi, originaire de la région, a construit un micro-barrage sur la rivière Mulinga à 4 km de Kashofu, la plaque tournante d’Idjwi-Sud. Il est d’une puissance nette de 24,8 kilowatts-heure."Cela permet d’utiliser un moulin, un atelier mécanique et de soudure et de brancher quelques dizaines de maisons environnantes", déclare Dominique Rukara. Selon lui, avec un apport de 50 000 $, il peut acheter une turbine, deux transformateurs et des câbles pour fournir de l’éclairage à plusieurs localités riveraines d’Idjwi-Sud. Il projette aussi de construire d’autres micro-barrages pour électrifier tout Idjwi-Sud. Dans la plaine de la Ruzizi, c'est la Fédération des entreprises du Congo (FEC), section du Sud-Kivu, annonce son président, Namegabe Mudekereza Olive, qui projette la construction de micro-barrages pour promouvoir l’agriculture dans la région grâce à l'irrigation.
D'autres installations sont en cours de construction. Trois groupements du territoire de Walungu, à plus d’une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Bukavu, seront bientôt éclairés grâce à une micro-centrale qui pourra produire une énergie évaluée à 815 kilo volt Ampère (kVA) en temps normal et plus de 600 KVA en période de sécheresse ce qui permettra de connecter environ 1 000 habitations. Le coût global de ces travaux s’élève à 700 000 $. La participation de la population locale est de 10 % ; une autre partie sera financée par l’archidiocèse de Bukavu et le Mwami Pierre Ndatabaye Weza III de la chefferie de Ngweshe. Le reste sera financé par le Fonds social de la République.

Dans ce même territoire, cette fois, c’est un hôpital, celui de la 5è Celpa Namurhera et la chefferie de Kaziba qui sont principalement à l'origine des projets qui produisent assez d’énergie pour faire tourner l’hôpital, une radio locale, le palais royal et alimenter les quartiers voisins. Plus de trois autres micro-barrages sont installés par des particuliers sur les différentes rivières de Kaziba.

Là où ces micro-barrages fonctionnent et sont assez puissants, comme à Kaziba et à Idjwi, la vie change. Ainsi, la production locale de manioc, soja, sorgho, mil, etc. peut être moulue sur place et non transportée jusqu'à Bukavu. On peut réparer les motos, fabriquer les portes métalliques… Le courant sert aussi à faire fonctionner différents ateliers: menuiserie, mécanique, coiffure, couture. Cinés vidéo, bars et hôtels voient le jour. "Progressivement disposer de ce courant va amener des cybercafés dans ces coins", prédit Aimé Mushagalusa, journaliste de la Radio Umoja, à Kaziba.
Les hôpitaux en profiteront aussi. "Les interventions chirurgicales ne se feront plus sous des lampes-tempête ou en utilisant le courant de groupes électrogènes", déclare, satisfait, André, un médecin à l’hôpital de Monvu; à Idjwi Sud.

Des avantages à préserver

Pour les particuliers, adieu l’obscurité, l’éclairage est au rendez-vous. Il en va de même de certains services bien utiles comme la charge facile des batteries des téléphones qui pose toujours d’énormes problèmes aux habitants du Kivu. La télévision peut aussi entrer dans les foyers. Dernier avantage, écologique celui-là : les réchauds électriques remplaceront les foyers à bois, préservant ainsi les arbres.

Autant d'améliorations de la vie courante qui sont réservées pour l'instant à un tout petit nombre de privilégiés, car l'énergie fournie par ces centrales ne permet pas d'alimenter toute la population. Arsène Mulungula, électricien dans une grande société de Bukavu, est confiant quant à l’avenir de ces micro-barrages et de leur apport. Mais il tire toutefois la sonnette d’alarme : "Il faut de la discipline dans l’utilisation de l’énergie. On doit être parcimonieux : ne pas gaspiller au même moment de l’énergie en allumant son réchaud, son fer à repasser, ses ampoules 100 watts… et penser aux autres". D'ailleurs, ce courant n’est pas gratuit. Ainsi, ceux qui veulent se brancher sur l’hôpital de Kaziba payent et ont des compteurs. Ceux alimentés par la chefferie payent aussi pour la maintenance du barrage, le salaire des agents chargés de sa gestion et une taxe à la chefferie.