fardc« Les soldats ex-Faz, des laissés-pour-compte. Avons manifesté pour faire savoir que le Congo est un patrimoine commun ». C’est la déclaration du prévenu Bobo Toromina devant les juges.

Jeudi 15 janvier 2009, le président de la Cour militaire de Kinshasa/Gombe crie : « Prévenu Bobo à la barre ! ». Le lieutenant Bobo Toromina Sergha s’avance. L’homme semble désabusé, sa barbe hirsute traduit tout son désespoir. Il y a longtemps qu’un rasoir est passé par-là.

Le colonel Kalala Kapuku lui annonce : « Deux préventions sont retenues contre vous : participation à un mouvement insurrectionnel pour déstabiliser les institutions de la République, dissipation des armes et munitions de guerre. Les 27 et 28 mars 2004, vous et les autres avez baptisé votre mouvement ‘’Armée céleste’’ et organisé l’opération ‘’Pentecôte’’. Qu’avez-vous à répondre ? ».

Le prévenu Bobo répond : « Je ne connais pas la plupart des hommes détenus ici. Ils n’y sont pour rien. Pourquoi nous traiter de conjurés de la Pentecôte ? D’où vient l’armée céleste ? Je suis tout simplement un officier ex-FAZ. L’idée de l’opération, c’est le lieutenant Bobo qui en est le concepteur. L’inspiration m’est venue des Actes des apôtres et de l’épître de saint Paul aux Ephésiens ».

A la question de savoir si c’est l’effusion du Saint Esprit et Ephésiens qui l’ont inspiré à lutter contre les esprits impurs qui hantent les autorités? Le prévenu déclare : « Moi ! Lieutenant Bobo, officier formé à l’académie militaire, je touche aujourd’hui une solde de soldat de deuxième classe. Pour les autorités de ce pays, nous les militaires ex-FAZ ne valons rien. Comment comprendre qu’un colonel breveté d’état-major soit réduit au rang de commandant ? Beaucoup de foyers se sont disloqués, certains sont morts. Nous nous sommes donc levés le 28 mars pour faire savoir que le Congo est notre patrimoine commun. Cette nuit-là, nous n’avons pas tué, ni pillé, ni volé. Mais nous avons souffert à cause de la politique de ce pays. Nous subissons l’injustice pour avoir servi la nation pendant la 2ème République ».

Au ministère public qui lui reproche d’avoir enfreint le règlement militaire, le prévenu précise qu’ils avaient tiré en l’air sous les mâts de drapeaux, mais n’ont inquiété aucune autorité.

Pourquoi avoir fait cela, il répond « Nous avons donné notre vie pour le pays. A son tour, l’Etat devrait faire que nous ne payions pas le loyer, les frais scolaires, le manger, les soins médicaux. Malheureusement, c’est nous soldats qui avons augmenté le nombre des enfants de rue, baptisés «Shegués» au Congo’’. Tout cela, parce que l’Etat a résilié le contrat qu’il a signé avec nous ».

Le ministère public revient à la charge : « Formé comme commandant de compagnie, pouvez-vous vous permettre de tirer en l’air sous le drapeau ? ». Le prévenu Bobo rétorque : « Je suis oublié, le train de l’AFDL et de la transition a démarré sans moi. C’était le seul moyen de me faire entendre ».

Source : le Potentiel/Kinshasa