Bemba_CPIA l’issue de quatre journées de l’audience de confirmation des charges émises contre Jean-Pierre Bemba, Me Nkwebe Liriss, son avocat, s’est confié à Christophe Boisbouvier. Il rejette les accusations du procureur de la CPI. Entretien.

1. Ce qui est frappant dans tous les témoignages c’est la répétition de ces crimes maison par maison, quartier par quartier comme s’il y avait la volonté de semer la terreur…

C’est ce que prétend le procureur ; mais il faut le prouver. Il y a une chose importante que vous devez savoir : le MLC s’est porté en Centrafrique sous mandat régional de la CEMAC exactement comme la France fait partie de la FINUL sous mandat des Nations unies, exactement comme la France était au Kosovo sous mandat de l’OTAN. Dites-moi au cas où des violences contre les populations étaient commises par ces troupes sous mandat, la responsabilité en incomberait-elle au président français ? La responsabilité, d’après le droit international, n’incombe pas au pays pourvoyeur de troupes. Elle incombe à l’organe qui gère les troupes sur place.

Dites-moi : lorsque le droit pénal international s’applique de manière différente selon qu’il s’agit d’un pays pauvre ou d’un pays riche, lorsque la Bosnie-Herzégovine a attrait la Serbie devant la Cour internationale pour les massacres de Sebrenica, la Cour internationale de justice a dit : quand bien même les personnes qui ont commis ces massacres ont été formées, organisées ou même si c’était des troupes de la Serbie, le responsable ce n’est pas le gouvernement serbe. Le responsable c’est celui qui a utilisé les forces sur place.

Alors, justement, sur la responsabilité pénale. L’accusation dit que les crimes ont été commis par des hommes qui parlaient lingala et qui se présentaient eux-mêmes comme des combattants du Mlc de Jean-Pierre Bemba…

Admettons même par impossible que ce fut le cas, prétendre que le seul critère de distinction c’est le lingala, mais c’est ridicule. Il y avait au moins 60.000 réfugiés congolais en Centrafrique et il y en a encore. Et les tribus centrafricaines et les tribus congolaises qui sont tout au long de l’Oubangui sont des bangala. Et même si crime il y avait, qui serait responsable ?

C’est le gouvernement centrafricain. C’était des troupes mises à disposition du gouvernement centrafricain, équipées par le gouvernement centrafricain, habillées de l’uniforme centrafricain, payées par le gouvernement centrafricain.

Oui, mais l’accusation dit que Jean-Pierre Bemba était en contact quotidien avec ses troupes et leur donnait à chaque fois des instructions très précises…

L’accusation n’a absolument aucune preuve. Il y a des témoignages du procureur qui disent que Bemba pouvait être en contact téléphonique mais jamais il n’a donné des instructions d’opérations. Le procureur lui-même le dit dans son document contenant notification de charges que toute la coordination était faite par Patassé. Il dit qu’il y avait une équipe de coordination composée notamment du commandant du Mlc, mais que le tout était coordonné par le chef d’Etat-major général des Forces armées centrafricaines, le ministre de la Défense et le chef de l’Etat.

Donc, s’il y a quelqu’un qui doit être jugé c’est Ange-Félix Patassé…

Oui, c’est Ange-Félix Patassé puisque c’était le gouvernement légitime…

Vous avez l’air confiant dans l’issue de cette affaire. Mais qu’est-ce qui vous fait penser que vous avez pu convaincre la Cour ?

Je ne dis pas que j’ai convaincu la Cour. Mais, je dis plutôt que j’ai mis la Cour en situation de choisir.

Si elle nous dit que les décisions antérieurement rendues par la Cour internationale de Justice dans les cas similaires ne s’appliquent pas aux Africains, alors nous saurons que Bemba n’a pas droit à la justice internationale simplement parce qu’il est ressortissant d’un pays pauvre ou tout simplement parce que politiquement il gêne.