Troupes_FARDCLevée des barrières sur les routes, un espoir à Goma

Le week-end dernier à Goma a été marqué par la déclaration d'une douzaine de commandants du CNDP, sous la direction du chef d'état-major de ce mouvement, Bosco Ntaganda, mettant fin à la guerre entre le CNDP et les FARDC. Cette déclaration a été lue dans la foulée d'une réunion des officiers du FARDC, du ministre de l'Intérieur et du chef d'état-major des Forces armées rwandaises.

A partir de ce moment, ces commandants du CNDP ont promis de mettre les forces à la disposition du haut commandement des FARDC pour leur intégration dans l'armée nationale. Il s'en est suivi une autre déclaration des Mai-Mai Pareco promettant aussi de mettre fin aux hostilités et de rejoindre les rangs des FARDC. Il est salué un espoir pour la paix.

Du côté du Pareco, il est rapporté qu'à partir du moment où le CNDP met un terme à la guerre, la raison qui a poussé le Pareco à prendre les armes a disparu. " Notre naissance s'est justifiée suite à la guerre lancée par le CNDP. Quand le CNDP cesse les hostilités, nous ne voyons pas pourquoi nous pourrions continuer avec la guerre ", a justifié Sendugu Museveni, président du Pareco. Ainsi, les premières nouvelles venant du théâtre des affrontements font état de la levée des barrières par le CNDP et les FARDC pour faciliter la libre circulation des personnes et des biens, mais aussi le retour des déplacés et des réfugiés.

En dépit de ces annonces qui augurent des lendemains paisibles, certains observateurs de la vie politique congolaise restent sceptiques. Et pour cause ? Depuis le 5 janvier, le CNDP est en proie à une crise ouverte par le commandant Bosco Ntaganda.

Celui-ci a limogé Laurent Nkunda à qui il est reproché " un mauvais leadership ". En ce qui le concerne, Laurent Nkunda a rétorqué que Bosco Ntaganda n'avait plus d'ordre à donner au sein du CNDP. Après ce accord entre Kinshasa et l'aile dissidente du CNDP contrôlée par Bosco Ntaganda, l'aile restée fidèle à Nkunda prend son temps pour réagir.

Scepticisme

Pour en rajouter au scepticisme des Congolais qui ne croient pas encore à la fin de la guerre au Kivu entre les FARDC et le CNDP, les pourparlers de Nairobi n'ont pas connu une évolution significative. Le week-end dernier, précisément le vendredi, ces pourparlers entre le gouvernement et le CNDP ont été une énième fois suspendus.

En principe, les discussions doivent reprendre le 25janvier courant, à en croire la médiation. Du côté des officiels congolais, on se garde aussi de pavoiser et de fêter la fin de la guerre.

Le week-end, le ministre de l'Intérieur, Célestin Mbuyu a fait savoir que les négociations de Nairobi vont continuer : " nous sommes ouverts à la paix, nous signons avec toute personne qui veut la paix ".

Plus réservé encore, le ministre de la Communication et Presse et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende a commenté la déclaration de fin de guerre du CNDP sur le plateau de la télévision nationale. Prudent, il a fait savoir que c'était une lueur d'espoir pour le peuple congolais. Il a saisi cette opportunité pour appeler l'aile restée fidèle à Nkunda à la raison. Dans la classe politique, certaines personnes saluent la déclaration du CNDP de Bosco Ntaganda. D'autres estiment que celui-ci et Nkunda auraient dû se mettre ensemble pour faire cette déclaration susceptible d'apporter la paix et la stabilité au Nord-Kivu.

D'où les craintes exprimées sur les perspectives de paix annoncées. N'oublions pas que la conférence de Goma au cours de laquelle tous les groupes armés se sont engagés, n'a pas débouché sur la paix. Les annonces faites le week-end par le CNDP aile Bosco Ntaganda et le Pareco, ont suscité un espoir certes. Mais, beaucoup restent encore à faire pour consolider la paix.

Expérience négative de rébellions à répétition

Du côté de la Monuc, cette évolution positive de la position du CNDP est saluée. La Mission onusienne espère que cela va contribuer à faire avancer le processus de paix en RDC. Cité par Radiookapi.net, le porte-parole de la Monuc, Mounoubay Madnoge a salué cet accord. " Nous espérons qu'il va déboucher sur un véritable arrêt des hostilités entre les parties et qu'il constituera, en fin de compte, une avancée significative dans le processus de paix en RDC. Nous saluons toute action et tout effort qui contribuent à faire avancer le processus de paix en RDC ".

Dans tous les cas, toute initiative tendant à œuvrer pour la paix au Nord-Kivu doit être saluée et encouragée. A Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, la journée de samedi après-midi a été marquée par une caravane motorisée pour fêter la fin de la guerre.

Toutefois, les évolutions enregistrées ces derniers jours manquent un élément important, à savoir : l'adhésion de Laurent Nkunda dont la capacité de nuisance au processus de paix reste intacte.

L'évolution positive des relations entre Kinshasa et Kigali doit être mise à profit pour amener Laurent Nkunda à renoncer au recours aux armes comme mode d'expression de revendication politique.

L'expérience négative des rébellions à répétition a fait payer un lourd tribut aux populations congolaises qui aspirent à la paix. Le programme Amani offre une chance de dialogue et de réinsertion pour les combattants des groupes armés. Il a reçu le soutien des forces vives et des partenaires au développement du pays.

Source : l'observateur/kinshasa