Carte_RDC96 heures après que le président français, Nicolas Sarkozy, ait lancé l’idée de la co-gestion des richesses minières du Nord-Kivu par le Rwanda et la RDC, des millions de Congolaises et de Congolais continuent d’attendre désespérément une réaction des autorités nationales. Jusqu’au moment où nous mettions sous presse, rien ne semblait bouger du côté tant de la présidence de la République, de la Primature que du Parlement, même si ce dernier pourrait brandir comme prétexte, pour justifier son silence, le fait que ses deux chambres sont en vacances statutaires. Les officiels congolais seraient-ils encore occupés à décrypter le contenu d’un message qui fait grand bruit dans l’opinion aussi bien nationale qu’internationale ? Les gouvernants congolais ne lisent-ils pas les nombreux signes d’inquiétude qui traversent les visages de leurs compatriotes et qui appellent une réponse urgente, dans le sens de la clarification ?

En tout cas, le peuple congolais est prêt à tout accepter, sauf la colonisation économique de leur patrie par le Rwanda, un pays voisin qui a suffisamment démontré, ces 13 dernières années, sa capacité de nuisance et ses velléités d’annexion d’une partie du territoire national. Aussi, en continuant de se taire, ceux qui ont reçu, depuis les élections de 2006 et 2007, mandat de gérer les affaires nationales poussent des patriotes dignes de ce nom à les soupçonner de cautionner un agenda caché de ceux qui régentent la planète. Les Congolaises et Congolais ne vont pas cesser d’interroger les annales de l’histoire pour chercher à savoir si, dans le passé, un Etat souverain a déjà été contraint de partager la gestion de ses richesses avec ses voisins, au motif que sa sécurité intérieure en dépendrait ou que son leadership porterait des stigmates de la mégestion, de la corruption, de l’irresponsabilité, de l’inexpérience, du manque de patriotisme. Ils sont d’autant troublés que ceux qui devraient « communiquer » promptement pour lever les équivoques affichent une attitude bizarre, qui rappelle à tous des feuilletons douloureux d’un passé récent, tels que Kahemba, Mbororo, Inga, contrats pétroliers et miniers. L’indépendance et la souveraineté nationales ont-elles encore un contenu? Kahemba : cacophonie gouvernementale Nombre de Congolais constatent que le manque de transparence et le mutisme avaient plané, en 2007 et 2008, sur quelques dossiers sensibles du pays, au point que ceux-ci constituent désormais de fâcheux précédents. On se souvient que dans le courant du premier trimestre 2007, une bonne portion du territoire de Kahemba, dans la province de Bandundu, venait de passer militairement et administrativement sous la tutelle de l’Angola, avec terres, biens, animaux et populations. Appelée à éclairer l’opinion à la suite de la dénonciation de la situation par des parlementaires originaires de Bandundu et un rapport accablant de la Commission Lumbala au niveau de l’Assemblée Nationale, le gouvernement a persisté à soutenir la thèse de la non occupation, arguant que les Angolais étaient chez eux et qu’ils n’avaient pas traversé la frontière commune. Une triste cacophonie avait même été enregistrés au niveau de l’exécutif national, avec le ministre de l’Intérieur, Denis Kalume, qui niait l’effectivité de l’occupation angolaise alors que son collègue des Affaire Etrangères, Mbusa Nyamwisi, dénonçait avec force la violation, par le gouvernement de Luanda, du principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Au finish, le gouvernement congolais a cautionné la perte de la partie du territoire querellée, laissant dans l’opinion le goût amer de la trahison de la mère patrie par ses propres fils. Mbororo : des laissez-passer congolais Il y a eu aussi l’affaire de l’invasion de la partie Nord de la Province Orientale par des éleveurs soudanais dénommés Mbororo, sans que les autorités de Kinshasa réagissent de manière prompte. Il a fallu une motion d’un député, au sein de l’hémicycle de Lingwala, pour assister à une timide protestation de la part du gouvernement, et à un appel à la cohabitation pacifique entre les autochtones congolais et leurs envahisseurs. Il avait même été constaté que de nombreux Mbororo étaient couverts par des laissez-passer et des documents d’identité délivrés par l’administration congolaise, ce qui portait à croire que leur séjour en RDC était des plus réguliers. Bien qu’épinglés comme usurpateurs des terres congolaises, les Mbororo sont toujours là. Inga : bradage programmé Le projet de réhabilitation-cession du barrage hydroélectrique d’Inga à la firme MagEnergy, dont l’existence physique et la participation financière dans le partenariat avec la Snel continuent de susciter des doutes, divise le gouvernement et le parlement congolais. Aux dernières nouvelles, il a été décidé que la poire soit coupée en deux, à savoir que le contrat de départ, jugé léonin par le comité de gestion de la Snel et une large frange de députés, soit rediscuté. Le péril du bradage d’Inga est ainsi loin d’être écarté, surtout qu’en marge du travail de la Commission Economique et Financière de l’Assemblée Nationale, une affaire de corruption avait éclaté, dénoncée par les députés eux-mêmes. Et cette antivaleur risque d’hypothéquer l’existence même du barrage d’Inga, considéré comme un éléphant blanc du fait de son poids excessif dans la dette extérieure congolaise, mais promis à un avenir enchanteur si la volonté politique de le réhabiliter et de lui ouvrir le marché énergétique africain se manifeste de manière claire et désintéressée. D’où, jusque-là, le peuple congolais reste avec le sentiment que le barrage d’Inga serait inscrit dans une option de bradage programmé. Le pétrole du littoral : 600 millions USD invisibles Le commun de Congolais s’est longtemps demandé pourquoi la RDC, qui partage la même aire géographique que les Etats pétroliers, sur la côté Atlantique comme dans la région des Grands Lacs, ne faisait toujours pas son entrée dans le club fermé des pays exportateurs de l’or noir. Un pan de voile en 2007 a été levé à l’Assemblée Nationale, suite à l’interpellation d’un ancien ministre des Hydrocarbures, Lambert Mende pour ne pas le citer. Ce dernier avait révélé à l’époque l’existence d’un partenariat avec l’Angola pour l’exploitation de la zone d’intérêt commun, avec à la clef des dividendes à hauteur de 600 millions de dollars attendus comme apport au Budget 2008. Jusqu’ici, députés et sénateurs n’ont pas encore vu la couleur d’un seul billet de banque en provenance de Luanda, alors que le Budget 2009 est déjà voté et promulgué, sans que la manne pétrolière ne soit signalée. Où sont passés les 600 millions de dollars du pétrole congolo-angolais ? Voilà un fonds en souffrance ou perdu, pour des raisons inexpliquées, qui aurait pu aider le pays à sauver son secteur minier en faillite, à financer des projets divers de développement, à lutter contre la pauvreté. L’autre dossier flou est celui qui entoure l’affaire du pétrole du lac Albert. Alors que les Ougandais exploitent déjà le gisement pétrolier commun, les Congolais discutent encore du sexe des anges, entendez des firmes étrangères partenaires qui devraient être présentées aux officiels ougandais pour des études de faisabilité, des opérations de prospection et la mise en valeur commune. Des richesses dorment donc dans le fond du Lac Albert, pendant que la misère frappe de plein fouet des millions de Congolaises et de Congolais. Contrats chinois : espoirs et doutes Annoncés en 2007 comme le principal soubassement des 5 chantiers de la République puis sévèrement critiqués par les occidentaux ainsi que les députés de l’opposition parlementaire, les contrats miniers chinois tardent à dissiper les doutes. Deux ans après, leurs effets positifs sur les infrastructures de base, l’emploi, la santé, l’éducation, l’eau potable et l’électricité tardent à rencontrer les attentes populaires. De plus en plus, des compatriotes sont portés à croire à un nouveau feuilleton d’un lourd endettement extérieur, à hauteur de 6 à 9 milliards de dollars américains, sur fond de bradage des « bijoux des famille » estimés à plus de 300 milliards dollars américains. Aujourd’hui, les espoirs suscités par la nouvelle forme de coopération fondée sur le troc, cèdent progressivement le terrain aux doutes.

Source : le Phare /kinshasa