Il avait décidé, par les armes, de faire parler de lui en 2008. L’année 2009 lui tourne le dos. Son arrestation, le 22 janvier, en territoire rwandais inspire des cauchemars à Laurent Nkunda. Manifestement mis en confiance par Kinshasa pour traquer les rebelles hutus FDLR sur le sol congolais du Kivu, Kigali extradera-t-il le général rebelle tutsi ? Est-ce que le deal CNDP contre FDLR augure-t-il d’une nouvelle ère de cohabitation entre le Rwanda et la RDC ? Très tôt de se prononcer.

«Nkunda arrêté le jeudi 22 janvier 2009 … Nkunda détenu dans un lieu secret … Nkunda en résidence surveillée à Gisenyi … Nkunda détenu dans un camp militaire à Kigali … Nkunda déjà renvoyé de Kigali à Goma, à la demande des autorités de la RDC».

Que de versions et de spéculations autour d’un rebelle ! Décidément, le général rebelle tutsi congolais a réussi son macabre pari : faire la Une de plus importants médias du monde. Sauf que, en lieu et place des honneurs qu’il enviait, c’est plutôt à l’incertitude sur son avenir qu’il doit faire face.

Quoi qu’il en soit, la situation tourne au cauchemar pour le chef historique de la rébellion tutsie. Arrêté jeudi au Rwanda, à la suite d'une offensive conjointe de soldats rwandais et congolais contre son fief de Bunangana, dans la province du Nord-Kivu, Laurent Nkunda risque l’extradition vers Kinshasa.

Selon des sources diplomatiques et militaires occidentales citées par l’AFP, il pourrait avoir été remis vendredi soir par Kigali aux autorités de la RDC à Goma. Ces sources ont même assuré qu’il serait «transporté ensuite rapidement de Goma à Kinshasa».

Transit au Rwanda

Le général déchu fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en septembre 2005 par la justice congolaise. Récemment, le 5 décembre 2008, Kinshasa et Kigali ont signé un accord à Goma, dont les termes sont restés secret d’Etat jusqu’à ce jour. Une conjonction de faits qui excitent la curiosité.

L’entrée en territoire congolais, le 20 janvier, de plus de 2500 éléments des Forces de défense rwandaise (armée nationale), pour des opérations conjointes avec les Forces armées de la RDC contre les rebelles hutus rwandais FDLR n’est pas sans lien avec ledit accord. L’arrestation de Nkunda deux jours plus tard et son transit au Rwanda indiquent, à tout le moins, la détermination de Kigali de tester la bonne foi de Kinshasa. Au travers de ce rapprochement, dicté par les intérêts objectifs de chacun des Etats, l’extradition de Nkunda ne serait pas à écarter. Sacrifié.

En échange, la RDC qui savoure déjà le fruit de la coopération avec le Rwanda ne peut que lui rendre la politesse. A tout prendre, les rebelles hutus rwandais des FDLR, soupçonnés d’avoir commis le pire des génocides chez eux en 1994, doivent trembler.

C’est, au fond, l’hypocrisie des uns et des autres autour de ce point qui a suscité, plus de dix ans, des coups tordus que n’ont jamais cessé d’échanger Kinshasa et Kigali. Le rapprochement entre Kigali et Kinshasa s'est donc fait sur le dos des deux formations rebelles.

Rwandais et Congolais sont désormais engagés dans un pacte. Les premiers tiennent à se débarrasser des rebelles hutus réfugiés en RDC; les seconds du général Nkunda. Le pacte est en voie de se concrétiser. A la surprise de la communauté internationale, qui se dit, par la bouche du représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC, Alan Doss, non impliquée dans la phase d’accréditation des soldats rwandais sur le sol congolais.

Offensive inédite

A la suite de l’arrestation de Nkunda, le chef de la MONUC a rappelé que «le Conseil de Sécurité a, à plusieurs occasions, lancé des appels au CNDP pour qu’il s’engage dans la voie de la paix. La MONUC espère que toutes les forces du CNDP vont maintenant profiter de ce développement qui offre de nouvelles opportunités, pour prendre part au processus de réintégration. Elles contribueront ainsi à assurer le retour d’une paix durable dans les Kivu». L'état-major opérationnel, pour sa part, a remercié et félicité «tous les officiers et militaires du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) qui ont respecté leurs engagements en date du 16 janvier à Goma».

Au fait, ce jour-là, 16 janvier, quelques commandants du CNDP, dont le chef d'état-major Bosco Ntaganda, avaient déclaré la «fin de la guerre» et annoncé qu’ils étaient prêts à mettre leurs forces «à la disposition de l'armée congolaise en vue de leur intégration». Cette rébellion au sein d’une rébellion a considérablement affaibli Nkunda, fondateur du CNDP.

Pour terminer, l'état-major opérationnel «demande aux éléments de trois bataillons du CNDP qui ont opposé la résistance de se rallier sans délai pour leur intégration» dans les Forces armées de la RDC. L’histoire retiendra qu’une opération militaire conjointe des armées congolaise et rwandaise a été lancée le 20 janvier 2009, avec l'entrée en RDC d'au moins 3.500 soldats rwandais. L'objectif avoué de cette offensive inédite était de traquer les rebelles hutu rwandais réfugiés en RDC depuis le génocide de 1994 au Rwanda. Mais que le premier résultat atteint a été la chute de Laurent Nkunda, en voie d’extradition vers Kinshasa.

Source : le Potentiel/Kinshasa