Bemba_CPILe procès Jean Pierre Bemba Gombo, ancien vice-président congolais, est suivi avec une attention particulière, par les centrafricains en général et surtout les familles des victimes. La journée du 17 janvier 2009 a été particulière à Bangui. Le procès a été retransmis en direct sur les antennes des radios privées. Presque tous les citoyens avaient leurs petits postes radios à l'oreille. Dans les marchés, les vendeurs étaient regroupés autour de ces mêmes supports médiatiques. Des baffles et haut parleur étaient au rendez- vous afin de permettre à chacun de suivre l'audience qui se déroulait à la Cour pénale internationale, CPI.

Si, à Kinshasa, la plupart des citoyens jugent ce procès d'un règlement de compte ou d'une affaire politique, ce n'est pas le cas pour les Banguisois et les Banguisoises qui se rappellent toujours des atrocités de l'année 2003. Les centrafricains sont conscients de la responsabilité de leur gouvernement dans ces événements. Mais ils refusent de voir la CPI innocenter ,un jour, l'ancien chef des troupes rebelles du MLC.

Les familles des victimes qui attendent impatiemment l'aboutissement de ce procès et surtout les réparations, ne supportent pas les reports des audiences à des dates lointaines. Plusieurs attendaient par l'exemple le verdict avant la fin de l'année 2008, mais ils sont convaincus que la méthodologie de la CPI rendra le procès plus long. Et l'attention va baisser, la patience a ses limites et certaines personnes risquent de mourir sans connaître le verdict.

Les témoignages et voyages à la CPI se monnaient-ils ?

Guelord a 14 ans aujourd'hui, il jure tous les jours de venger son père et pour cela, il tient à faire le service militaire et prêt à se rendre à la CPI pour donner son témoignage. Il avait 8ans, quand les rebelles sont entrés dans leur maison vers 19heures. Ils ont tué son père, violé ses deux sœurs et sa mère. Traumatisé, ce petit garçon a perdu la parole, il a été muet durant six mois. C'est grâce à une ONG de la place que Guelor a retrouvé l'usage de la parole. Sa mère, paralysée après ce viol, tient à tout prix à se rendre à la Haye. Malheureusement, elle n'a pas encore été contactée par ceux qui élaborent la liste des victimes ou des témoins. Elle apprend que le voyage à la CPI et les témoignages ne sont pas gratuits. Il faut débourser une somme des 50.000cfa aux organismes habiletés à fournir les noms des victimes aux avocats de la CPI. Si cela est vrai, la mère de Guelor n'aura pas cette chance, elle va peut être mourir dans le silence. Car, elle n'a ni l'argent, ni la possibilité de se rendre aux sièges sociaux de ces organisations non gouvernementales.

Cette famille n'est pas la seule à vivre ce drame. Un ancien commerçant, la cinquantaine révolue, devenu veuf, après la mort de sa femme violée dont les soins médicaux au Gabon ont échoué, n'est pas prêt à avaler la pilule. Il vient de totaliser trois mois depuis qu'il frappe aux portes d'une ONG des droits de l'homme de la place afin de se rendre à la CPI mais les procédures sont longues et lassantes. Et pourtant, plusieurs personnes qui n'auraient pas été affectées ou touchées directement par les événements de 2003 posséderaient déjà tous les documents pour leur entrée en Hollande. Il apprend que le voyage ou le témoignage devant la CPI se négocient avec des billets des francs CFA à la main. Si cette information s'avère vraie, il faut se poser beaucoup de questions sur les témoins ou les victimes des massacres de 2003. Le procès JP Bemba est-il devenu un fonds de commerce pour certaines ONG des droits de l'homme. Les enquêteurs devraient, en tout cas, ouvrir grandement les yeux sur l'identité de chaque victime et des responsables des ONGDH centrafricains.

La plupart des victimes ne savent pas distinguer ou démontrer avec exactitude qu'elles ont été traumatisées par les soldats centrafricains ou congolais car les deux troupes portaient la même couleur de tenue. Mais tous les péchés de cette rébellion sont versés sur les épaules des troupes de Jean Pierre Bemba. La presse privée titrait au lendemain de l'audience : " Le trio JP Bemba, Ange Félix Patassé et François Bozizé attendu à la CPI ". Notre confrère du Confident, un quotidien de la place écrit dans son éditorial que l'ex- vice président congolais n'est pas le seul auteur des massacres. Plusieurs autorités auront des comptes à rendre à la CPI et au peuple centrafricain.