NkundabatwareQuelles futures relations entre les Banyarwanda du Congo et Kigali

La nouvelle faisant état de l'arrestation du général Nkunda à Gisenyi au Rwanda le 23 janvier dernier a fait l'effet d'une bombe. Satisfaction de la part du gouvernement congolais et concert de klaxons et convoi motorisé à Goma pour saluer l'avènement d'une nouvelle ère de paix dans le Nord-Kivu.

Dans certains milieux cependant, c'est le scepticisme qui domine. Dans la mesure où depuis la première guerre de libération, après la prise du pouvoir au Rwanda par l'APR, une partie de la communauté rwandophone de la RD Congo a lié sa survie à celle du régime de Kigali. En dehors de certains irréductibles qui campent sur les collines de Minembwe au Sud-Kivu qui ont compris qu'ils doivent jouer la carte du Congo qui leur a accordé un territoire. Car jouer la carte du Rwanda était pour eux suicidaire.

Pour la première communauté, dont beaucoup de membres ont fait partie du RCD, le Rwanda était plus qu'un allié, un soutien de taille qui devait leur permettre d'accéder au pouvoir, même par la force des armes. Et si possible obtenir un territoire à eux dans le Nord-Kivu.

Voilà pourquoi, à chaque fois, le RCD a soutenu les différentes guerres orchestrées par Kigali à l'Est même après le Dialogue inter congolais de Sun City en Afrique du Sud.

Pourquoi Nkunda a-t-il été lâché ?

C'est la grande question que beaucoup d'observateurs se posent. La réponse n'est pas cependant simple. Car la question qu'il faut se poser aussi est celle de savoir si Nkunda a été réellement lâché par Kigali ? Son arrestation ne serait-elle pas une feinte pour calmer l'ardeur des principaux donateurs du Rwanda et étouffer la tendance à la sanction qui prenait de l'ampleur après la décision prise par la Suède et les Pays-Bas de couper les vivres au Rwanda pour son soutien avéré à Laurent Nkunda. Or comme on le sait le budget du pays des Milles collines a toujours défendu de l'aide extérieure.

Pour se convaincre de la bonne foi de Kigali, le Rwanda devra livrer Laurent Nkunda à la partie congolaise. C'est qu'il ne fait pas arguant qu'il n'existerait pas d'accord d'extradition entre la RD Congo et le Rwanda. Or en le gardant par dévers lui, Nkunda étant Congolais, le Rwanda poursuit son projet au Congo par personne interposée à savoir Bosco Tanganda.

En ne livrant pas Nkunda à Kinshasa, Kigali tient en fait Kinshasa à la barbichette et dispose vis-à-vis d'elle d'une monnaie de change et rassure dans l'entretemps la communauté banyarwanda de sa volonté de poursuivre le combat de toujours et de ne pas la sacrifier. Ce qui explique son soutien à L. Nkunda contre l'armée régulière durant les années dans l'Est du pays au motif de poursuivre les FDLR.

L. Nkunda mis aux arrêts et dans un lieu secret pourrait en fait être une résidence dorée pour le leader du CNDP qui doit quitter la scène après avoir joué sa partition sous la conduite du maestro de Kigali.

Le président Kagame n'est pas si bête pour se mettre à dos la communauté banyarwanda de la RD Congo sachant les dividendes qu'il peut en tirer en les gardant sous sa coupe. Le contraire donc surprendrait.

D'où la nécessaire prudence observée au sein de la communauté banyarwanda qui a toujours refusé de pactiser avec Kigali. Elle laisse le temps au temps pour voir comment vont évoluer les choses. En attendant, Bosco Tanganda qui a pris la tête du CNDP est loin de rassurer les partenaires extérieurs.

Faisant l'objet d'un mandat d'arrêt international, l'actuel numéro un du CNDP n'est pas bien vu par Human Right Watch qui a dénoncé la signature du dernier accord des fins d'hostilité entre le gouvernement congolais et l'actuel numéro un du CNDP. Pour HRW, la culture de l'impunité en RD Congo doit prendre fin. Et les crimes commis en Ituri ne devront donc pas rester impunis.