Sarkozy_kinshasaPour la quatrième fois depuis qu’il préside aux destinées de sa douce France, Nicolas Sarkozy a séjourné sur le sol africain. Bon retour à lui après son passage en République démocratique du Congo (RDC), au Congo-Brazzaville voisin et au Niger où le locataire de l’Elysée est allé, visiblement, à la reconquête de ses terres perdues.

Car la colonisation appartient certes à l’histoire, mais l’ancien maître n’entend pas abandonner d’aussi grandes richesses, que conserve jalousement le sous-sol africain, aux mains de nouveaux conquérants tels la Chine populaire et les Etats-Unis d’Amérique, qui ne font plus mystère de leur amour pour le continent noir.

En tout cas, le fort contingent d’opérateurs économiques et d’hommes d’affaires que le président Sarkozy emportait à l’occasion dans ses valises lors de cette randonnée africaine témoigne à souhait de la place qu’occupe aujourd’hui l’Afrique dans l’économie française, en prise avec la crise financière mondiale. Et à en juger par les multiples contrats d’exploitation minière signés çà et là, l’on peut dire que son escapade en Afrique centrale et en Afrique occidentale aura été des plus fructueuses.

Mais tout n’aura pas été que rose sur l’itinéraire de Nicolas Sarkozy. Retour, en effet, à Kinshasa ce 26 mars où le premier Français fut accueilli dans la matinée tel un vulgaire touriste. Réponse du berger à la bergère, ou retour de l’ascenseur au grand chef blanc ? Point de Joseph Kabila à l’aéroport à la descente d’avion de son homologue français ; point non plus de foule des grands jours aux abords des avenues pour entonner la Marseillaise, danser la rumba et l’accompagner au palais présidentiel congolais. Tout au plus quelques banderoles au vent pour lui souhaiter la bienvenue. Suffisamment éloquent pour susciter, aux quatre coins du continent, admiration et félicitations au petit Kabila pour son audace.

En d’autres temps, ou sous d’autres cieux, on aurait décrété la journée fériée ; le président aurait arnaché ses grands chevaux, et les nègres du Congo se seraient amassés par milliers aux abords des voies pour chanter les louanges de l’illustre étranger.

On nous dira que, ce faisant, la tradition africaine a été violée, mais peut-on s’offusquer que, par la circonstance, Niko ait appris à battre sa coulpe, après avoir, sciemment ou inconsciemment, à la faveur d’une cérémonie de présentation de vœux en janvier à l’Elysée, comparé "le petit Rwanda au grand Congo" et proposé un partage des richesses entre les deux pays ? Pour qui sait l’enfer que se promettaient ces deux voisins ces dernières décennies, cette enième bourde de Sarkozy ne pouvait que réveiller les rancœurs.

D’ailleurs, le président français voudrait-il faire preuve de sincérité dans sa reculade, esquissée bien plus tard, dans ses petits souliers, qu’il n’y parviendrait pas. Car, aujourd’hui, à Kinshasa, l’on s’explique toujours difficilement pourquoi Nicolas Sakozy a pu choisir de ne consacrer que quelque six heures à ce si géant Congo, au bénéfice de Brazzaville où il passa une douce nuit du 26 au 27 mars.

En attendant, tous les honneurs donc à Kabila fils qui aura rappelé à son illustre hôte que jamais un locataire du palais de l’Elysée ne s’est déplacé au Bourget, à Charles de Gaulle, à Villa-Coublay ou à Orly pour accueillir un quelconque homologue, surtout pas africain. A peine si l’on ne nous y envoie pas un petit secrétaire d’Etat. Et ça, même dans sa dernière demeure du cimetière des Martyrs à Dagnoën, Sankara pourrait en témoigner, pour peu qu’on évoque encore le fameux Xe Sommet de Vittel des 03 et 04 octobre 2003, et le nom d’un certain grand Blanc de l’époque, nous avons nommé Mitterrand pour ne pas le citer