franc_congolais_billetQuant au gouvernement, il vient de geler toutes ses dépenses

L'état de la conjoncture intérieure récente est plus que préoccupant et exige des politiques de change et budgétaire de redressement. Et ce pour faire face à un retour à terme de l'hyperinflation et à la dépréciation du Franc congolais échangé actuellement à 855/1 dollar US. Par le biais de la politique monétaire, la Banque centrale du Congo (BCC) a déjà épongé les surliquidités de Fc dans l'économie de l'ordre de 17,2 milliards Fc à ce jour.

De son côté, le gouvernement par le truchement de la politique budgétaire a permis les retraits de liquidités de 2,2 milliards Fc. Toutes ces ponctions réalisées par le secteur public pour réduire les excédents de liquidité de Fc restent faibles. D'où le gouvernement et la Banque centrale viennent de passer à la vitesse supérieure pour éponger les excédents de liquidité. En d'autres termes, à lutter contre l'inflation cumulée 22% à fin mars, soit 122% en projection annuelle et contre la dépréciation du Fc de ± 22% depuis fin décembre 2008. Des politiques de redressement vont être menées à partir de ce lundi 13 avril.

Le recours à la politique de change

Le week-end dernier a été marqué par la tenue d'une réunion de crise sous la direction du Premier ministre. Un constat amer a été fait sur le fait que les instruments de la politique monétaire (taux directeur de la BCC et le coefficient de réserve obligatoire) sont devenus inefficaces. Ainsi, la politique de change va être mise à contribution.

Pour tester le marché et sonder la réaction du public, la Banque centrale du Congo a publié ce 10 avril 2009 le calendrier de ses interventions sur le marché des changes à raison de 2 fois par mois. Toutefois, elle se réserve le droit d'intervenir plus de deux fois par mois au cas où la dépréciation journalière du Fc continuait à dépasser la barre de 1,5%. A partir de ce lundi 13 avril, la BCC commence ses interventions sous forme d'achat et vente des devises par voie d'adjudication selon un calendrier fixé. (Lire communiqué publié à la page 6).

Selon la direction des études de la BCC, les réserves de change sont actuellement à 232 millions de dollars US. Ces réserves internationales de la BCC viennent d'être renforcées à hauteur de ± 200 millions USD, grâce à l'octroi par le FMI de la Facilité de protection contre les chocs exogènes (FPCE). D'une moyenne de 141, 8 millions USD au dernier trimestre 2008, ces réserves ne représentaient que 32,9 millions USD, soit moins d'une semaine d'importation des biens et des services, à fin février 2009.

La chute drastique des réserves internationales avait ainsi réduit la capacité de la BCC à contenir les pressions sur le taux de change. Suite à la crise financière internationale ayant entraîné la chute des recettes en devise et à l'explosion des dépenses de souveraineté par rapport à la situation du Nord-Kivu fin 2008, il y a eu une diminution rapide des réserves internationales de la BCC et l'affaissement de l'offre des devises dans un contexte d'accroissement de la demande. Par ailleurs, cela s'est traduit par une expansion monétaire consécutive à une accentuation du déficit public.

Austérité et orthodoxie budgétaire

Au moment où la BCC reconnaît que ses deux instruments de politique monétaire (taux directeur et coefficient de réserve obligatoire) sont aujourd'hui inefficaces et compte désormais sur la politique de change, il faut rester prudent. Il ne suffira pas de retirer le trop plein de francs congolais ( 57 milliards) en vendant la devise (dollar Us). Il a été reconnu la nécessité de réajuster la politique budgétaire. En d'autres termes, avant de lancer l'opération, la BCC se devait de s'assurer que l'Etat ne fait plus des injonctions des liquidités. A ce propos, le Premier ministre a décidé le gel de toutes les dépenses publiques, sauf celles relatives au paiement du service de la dette extérieure. Les évolutions récentes de la conjoncture marquées par la perte du pouvoir d'achat des ménages de l'ordre de 20% depuis le début de 2009, exigent que l'Etat réduise son train de vie.

L'austérité et l'orthodoxie budgétaire doivent être les maîtres mots. Et sur ce point précis, le gouvernement sera jugé aux résultats. L'enjeu est de taille car les résultats susceptibles d'être alignés sur ce front pourraient plaider pour le passage du dossier de la RDC au Conseil d'administration du FMI en juin prochain. La perspective de conclure les négociations avec le FMI fin avril 2009 et d'avoir un financement monétaire nul dans la situation du trésor, pourrait mettre la RDC en bonne position pour entrer en programme avec le FMI en juin 2009 et espérer accéder au point d'achèvement de l'initiative pays pauvres très endettés fin 2009.

Le défi à relever est énorme et appelle de la part des nos dirigeants des sacrifices, à savoir moins de missions à l'étranger, la réduction du train de vie des institutions, l'amélioration de la qualité de la dépense,…

Baisse du pouvoir d'achat des ménages

Lutter contre l'inflation et la dépréciation du Franc congolais est aujourd'hui une nécessité. Depuis le début de cette année, il y a une évolution négative. Au terme du mois de mars, le taux d'inflation cumulé est de 22%, soit 122% en projection annuelle. D'où le risque de retour à l'hyperinflation. Du reste, la révision à la hausse des prix des produits pétroliers intervenu le 4 avril 2009 risque, du fait de son effet de contagion sur les autres prix, de raviver davantage l'inflation. En ce qui concerne le taux de change établi à 666 Fc/1 dollar à fin décembre 2008, le cours de change du marché parallèle est actuellement fixé à 855, soit une dépréciation de ± 22% de la monnaie nationale par rapport à la devise.

Dans un tel contexte, les conséquences sur le coût de la vie et le pouvoir d'achat sont perceptibles. A en croire la BCC, le pouvoir d'achat des ménages a baissé au rythme de l'inflation soit 20% depuis le début de l'année 2009. Les couches les plus pauvres sont particulièrement défavorisées dans la conjoncture intérieure actuelle. Et cela peut déboucher sur des tensions à caractère social. " Cette évolution tient tant à la persistance dans l'économie des excédents des liquidités générés par l'important déficit du secteur public de deux derniers mois de l'année que par le repli de l'offre des devises à la suite de l'effondrement des cours des matières premières entraînant des recettes d'exportation ", renseigne la BCC. Dans tous les cas, le plus dur est encore à venir car la crise doit continuer jusqu'en 2010. Et 2009 s'annonce comme une année très difficile en raison de l'austérité et la rigueur qui vont devoir s'imposer dans la gestion des finances publiques.

Source : l'Observateur/kinshasa