KAMEREHMuzitoLa session parlementaire en cours se termine aujourd’hui. Les députés iront en vacances parlementaires. Mais une session parlementaire qui laisse tout le monde sur sa soif. Elle se clôture comme elle avait commencé. Dans l’incertitude. Comme si les députés n’avaient plus le cœur à l’ouvrage.

La séance de clôture de la session parlementaire de mars intervient aujourd’hui, lundi 15 juin. Ouverte le 16 mars, elle sera clôturée ce lundi 15 juin. Comme d’habitude, la séance sera marquée tant au Sénat qu’à l’Assemblée nationale par des discours de clôture. Occasion de faire le bilan de la session avant la prochaine rentrée parlementaire du mois de septembre. Une session essentiellement budgétaire.

Mais à l’Assemblée nationale cette session parlementaire aura été marquée par deux événements importants. Il s’agit avant tout du renouvellement du Bureau de l’Assemblée nationale à la suite de la démission collective du Bureau présidé par l’ancien président, l’honorable Vital Kamerhe.

A la suite d’un problème interne au sein de la plate-forme de l’ Alliance de la majorité présidentielle, AMP, Vital Kamerhe a été poussé à la démission, avec lui tout le bureau. Il a été remplacé par l’actuel président, le professeur Evariste Boshab. Cette démission, quoique l’on dise, a fertile en rebondissements et constitué une première « fausse note » pour l’Assemblée nationale qui a subi la pression de la majorité présidentielle.

Comme si cela ne suffisait pas, la gestion « de l’Affaire Muzito » constitue une « deuxième fausse note » en ce qui concerne l’Assemblée nationale. Il y a eu, dans un premier temps, la double motion des députés Lumbala et Lisanga Bonganga interpellant le Premier ministre Adolphe Muzito. Pour des raisons de procédure, cette motion d’interpellation a été rejetée.

C’était ans compter avec le député Clément Kanku qui a saisi l’échange épistolaire entre le Président de la république et le Premier ministre pour introduire, mieux déposer une motion de défiance contre le Premier ministre. Déposée dans les temps règlementaires, cette motion ne sera pas du tout examinée, car le Bureau en a décidé autrement, estimant que « le Premier ministre n’aura pas quarante huit heures pour venir présenter demain samedi, 13 juin 2009, dernier jour ouvrable de la session, ses moyens de défense ». Deuxième fausse note.

La motion, comme le souligne bien le président de l’Assemblée nationale, « est versée malgré nous, dans les arriérés à traiter prioritairement à la session de septembre prochain ». Mais dans deux mois et demi, beaucoup de choses peuvent bien se passer, soit positivement soit négativement. Que gagne alors le peuple congolais et l’Etat lorsque la gestion d’un pays se fait sur base des hypothèses comme s’il l’on voudrait gagner du temps pour que l’affaire soit oubliée ? Question pertinente qui repose sur la bonne gouvernance. Or, c’est justement sur ce point précis que le président de la République a insisté dans sa lettre au Premier ministre. La remarque devrait être comprise par les principaux animateurs des institutions dans la mesure où chaque minute de lassitude, de perdu est en défaveur de la République démocratique du Congo.

En fait, cette session se termine comme elle avait commencé : dans l’incertitude. Or, de telles fausses notes fragilisent et discréditent les institutions nationales. Que ce soit dans le premier ou dans le deuxième cas, il y a eu marchandage politique susceptible de porter un coup dur à l’existence et à la crédibilité des institutions de la République ainsi qu’à l’honorabilité de la classe politique congolaise.

TAUX ELEVE D’ABSENTEISME

Autre observation qui aura caractérisé cette session ordinaire du mois de mars est ce taux élevé d’absentéisme constaté dans le chef des députés. C’est ainsi qu’au cours des dernières séances, le quorum n’était pas atteint pour adopter certains projets de loi.

Renseignements pris, plusieurs députés, toutes tendances confondues, n’auraient plus le cœur à l’ouvrage. Certes, il nous revient que les parlementaires n’auraient pas encore touché leurs émoluments. Ils accuseraient deux à trois mois d’impaiement, rendant ainsi difficiles leurs conditions de vie sociale.

D’autres sources affirment par contre que le malaise aurait une origine politique. A titre d’illustration, elles évoquent le climat des débats autour du projet de loi portant organisation, fonctionnement et attributions de la Commission électorale nationale indépendante, CENI. Et plus particulièrement en ses articles ayant trait à la composition du bureau de la CENI. Les avis sont partagés à ce sujet. Les députés de la majorité soutiennent que les membres de la CENI soient nommés par le Président de la république tandis que ceux de l’ opposition préfèrent qu’ ils le soient par le Parlement.

Aucun consensus n’est encore intervenu sur ce point nonobstant le travail accompli par la commission ad hoc. On reproche au bureau cette tendance à vouloir imposer son point de vue pour permettre à la majorité actuelle de contrôler la CENI.

Autre motif de cet absentéisme lors des séances, c’est l’organisation prochaine des élections locales, municipales et urbaines. Ces élections ont valeur de test pour les élections de 2011. Voilà pourquoi certains états-majors des partis politiques ont commencé à battre campagne. L’on assiste alors à un rappel des troupes en vue de se mettre en ordre de bataille.

Comme on peut le constater, cette session ordinaire se clôture sur une note d’incertitude politique. Elle annonce une prochaine rentrée parlementaire houleuse et de tous les enjeux. Car, il ne s’agira pas seulement d’examiner ou de traiter prioritairement « la motion de défiance » contre le Premier ministre, mais de s’interroger sur l’exécution du Budget 2009. En outre, le Collectif budgétaire 2009 qui a été annoncé pour le mois de mars par le président de la république n’a jamais été déposé au bureau de l’Assemblée nationale par le gouvernement. Le Premier ministre a promis de s’exécuter au mois de septembre. Or, le 15 septembre, conformément à la Constitution, le gouvernement devra déposer le projet du Budget 2010.

Il y a lieu de parier, devant cette abondance de matières sensibles et importantes, qu’il y a risque de confondre l’ordre des priorités. C’est grave et dangereux.

Source : le Potentiel/Kinshasa