DiamantsEn séjour à Kinshasa en mission de travail, l’ambassadrice Liberata Mulamula, Secrétaire exécutive de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL, s’est confiée au Journal Le Potentiel pour faire l’état des lieux de la situation dans la région de Grands Lacs. Elle s’est donc attardée sur les actions que mène cette organisation conformément aux objectifs qu’elle s’est fixés : ceux d’assurer la paix, la sécurité et le développement des pays de cette région. Pour ce faire, force est de combattre les causes principales qui sous-tendent les conflits armés dans la région des Grands Lacs. Parmi celles-ci, l’exploitation illégale des ressources de la République démocratique du Congo. A l’image du diamant avec le processus de Kimberley, les minerais de la République démocratique du Congo seront bientôt certifiés. La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL, vient ainsi d’accéder aux vœux ardents émis par Human Rights Watch et Global Witness.

L’ambassadrice Liberata Mulamula, Secrétaire exécutive de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL, vient de séjourner la semaine passée en République démocratique du Congo. A Kinshasa, elle s’est entretenue longuement avec différentes autorités congolaises. Notamment le ministre des Affaires étrangères, Thambwe Mwamba, le président de l’Assemblée nationale, le Professeur Evariste Boshab, et la présidente de la Fondation Laurent-Désiré Kabila, Jaynet Kabila. Tout au long de ces entretiens qualifiés de fructueux et d’encourageants, la Secrétaire exécutive de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs était assistée de M. Baudouin Hamuli Kabarhuza, Coordonnateur national de la même conférence pour la RDC. Au mois de février 2009, Mme Mulamula était à Goma lors de la cérémonie officielle de la fin des opérations militaires conjointes entre la RDC et le Rwanda, «UMOJA WETU ». Quel est alors le sens de cette dernière visite de travail ?

« Je suis venue consulter le ministre congolais des Affaires étrangères pour évaluer la situation dans l’Est de la RDC à la suite de multiples attaques des FDLR et la LRA. Nous avons également fait le point de la mise en œuvre de l’accord que le gouvernement a conclu avec le CNDP de manière à se rendre compte de l’ intégration politique de cette formation politique et la façon dont les questions majeures sont gérées.

LA CERTIFICATION DES « MINERAIS CONGOLAIS »

«Cette opportunité nous a permis de nous attarder sur le processus de normalisation des rapports entre la RDC et le Rwanda. Je me réjouis de l’avancée significative dans ce sens, car le ministre a précisé que l’heure est à l’étape de la désignation des ambassadeurs. L’échange diplomatique s’effectuera incessamment. Enfin, nous avons évoqué l’organisation de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la CIRGL , a dit Mme Mulamula.

Les objectifs de la CIRGL sont contenus dans un vaste programme ambitieux qui sous-tend le Pacte de sécurité, de stabilité et du développement de la région des Grands Lacs adopté en novembre 2006 à Nairobi. Il s’agit de programmes d’action et protocoles qui prennent en compte les quatre thèmes directeurs de la CIRGL : A savoir; Paix et sécurité, Démocratique et bonne gouvernance, Intégration économique et développement. Enfin, les questions Humanitaires et sociales. La secrétaire exécutive de la CIRGL s’est empressée de faire le point. « Ce vaste programme avance bien. La paix et la sécurité s’inscrivent en priorité. L’on s’est empressé de favoriser le désarmement des groupes armés tout en démantelant le réseau de trafic illicite d’armes. Nous avons enregistré des progrès grâce à l’opération militaire conjointe RDC- Rwanda au regard l’ Opération UMOJA WETU. Cette opération a été élaborée en s’appuyant sur le Pacte de non agression signé à Nairobi pour autant que la question des groupes armés est collectif. Nous continuons à collaborer avec le Centre contre la prolifération des petites armes installé à Nairobi pour qu’elles ne reprennent pas le chemin de retour.

« La CIRGL est en partenariat avec les partenaires extérieurs sur le plan économique. Tel le cas de la relance de la CEPGL pour les secteurs de l’énergie et des infrastructures en prenant en compte les zones spécifiques de développement. Aujourd’hui, la CEPGL est remise sur rails et tous les pays concernés, notamment le Rwanda, le Burundi et la RDC disposent des représentants au sein de cette organisation.

Cependant, le projet le plus important est celui portant exploitation illégale des ressources nationales. Un groupe d’experts venus de la Suisse, de la RDC et du Rwanda a élaboré un travail admirable en ce qui concerne les produits qui sont à la base des conflits dans la région. Le rapport de cette mission a été examiné au niveau de la CIRGL et il a été convenu de la mise en oeuvre d’un processus de certification à l’image de celui de Kimberley pour les diamants. Tous les minerais en provenance de l’Est de la RDC doivent être certifiés afin d’identifier leur origine lors de la vente. Une réunion des experts sera convoquée incessamment en vue d’évaluer tous les aspects de ce processus de certification et un Comité régional de pilotage sera mis en place. Le bois congolais subira le même sort. Je peux me permettre de vous dire que le G8 et l’OCDE appuient cette initiative et ont promis de soutenir ce projet de la CIRGL pour décourager l’exploitation illicite des «minerais de sang ».

LE PROCESSUS DE DEMOCRATISATION

Parmi les origines qui sont à la base des conflits dans la région des Grands Lacs, l’absence de démocratie figure parmi les causes principales. D’où cette résolution d’instituer un «Centre régional de la Démocratie et de la bonne gouvernance». Le projet est en phase de concrétisation et la secrétaire exécutive de la CIRGL le confirme : « Ce centre sera inauguré lors du prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la région des Grands Lacs. Les autorités zambiennes, puisque le centre sera installé à Lusaka, se sont impliquées effectivement et ont offert toutes les possibilités pour concrétiser cette résolution. Bientôt, l’on procèdera à la nomination des cadres de direction et au recrutement du personnel y afférent.

Le but de ce centre est de renforcer les capacités des pays membres en procédant à la formation, à la mobilisation des parlementaires, des membres de la Société civile ainsi que de la Jeunesse. Ce centre disposera d’un observatoire des élections et veillera à l’harmonisation des lois électorales. Ainsi, la CIRGL enverra des observateurs lors des élections du mois de juillet à Brazzaville, réunira ensuite les présidents de différentes commissions électorales dans le but d’éviter ce qui s’est passé au Kenya. La CIRGL accompagne la mise en place d’une commission électorale au Burundi. Bref, ce centre vise à renforcer les processus de démocratisation et encourager la bonne gouvernance dans la région.

« Quant au volet humanitaire et social, la CIRGL s’emploie à assister des déplacés internes et se préoccupe au plus haut point de leur sort. C’est le cas en RDC avec ces violences, surtout sexuelles».

LA CIRGL : PAS UNE COMMUNAUTE ECONOMIQUE

Mais la CIRGL est accusée d’immobilisme à telle enseigne que certaines personnalités européennes encouragent plutôt les organisations sous-régionales, tel la Communauté économique de l’Afrique de l’Est, EAC, pour instituer un «marché commun ». Ce qui pourrait à la longue fragiliser la CIRGL. Mme Mulamula n’est pas de cet avis : «Ceux qui croient que la CIRGL est une communauté économique ne disposent pas d’informations précises sur la Conférence des Grands Lacs. Elle a pour vocation de faciliter, de contrôler tout ce qui a trait à des questions majeures en rapport avec les thèmes directeurs, à savoir Paix et sécurité, Démocratie et bonne gouvernance, Intégration régionale et Développement, et Questions Humanitaires et sociales. La CIRGL aide à trouver les ressources financières nécessaires et son rôle est de coordonner ces ressources. Les actions sont complémentaires avec les organisations sous-régionales et la CIRGL est un instrument des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de cette organisation. »

Quant à ce temps mort depuis le sommet de Nairobi en 2006, alors que Kinshasa devrait abriter le IIIè sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la CIRGL, la secrétaire exécutive de la CPGL en donne les raisons principales : «Justement, ma visite à Kinshasa est de discuter de l’organisation du prochain sommet. Il faut s’entendre sur la date au regard de l’agenda chargé des chefs de l’Etat. Mais je peux vous dire qu’en ce qui concerne la RDC, les co-facilitateurs suivent le déroulement des actions après l’ Accord de Goma du 23 mars 2009 entre le gouvernement et le CNDP. Ils doivent rendre compte aux Chefs d’Etat des résultats obtenus.

« En plus, il existe des problèmes sérieux en République démocratique du Congo. Il faut lui donner un peu de temps pour les gérer. D’ailleurs, le ministre des Affaires étrangères a sollicité cette compréhension, car pour le moment, la RDC a d’autres priorités urgentes. Et c’est difficile d’organiser le prochain sommet si la RDC est appelée à gérer les questions majeures tant sur le plan politique qu’économique. Il n’empêche que le processus poursuit son cours et le sommet aura bel et bien lieu. Il est seulement reporté à l’image des autres sommets de la SADC et de la CEEAC.»

DU FONCTIONNEMENT DU SECRETARIAT DE LA CIRGL

Le secrétariat exécutif de la CIRGL est la cheville ouvrière de cette organisation. Dispose-t-il de moyens nécessaires pour que cette organisation ne soit pas un mort-né ? Mme Mulamula répond : « Gérer le secrétariat exécutif d’une organisation comme celle-ci n’est pas nécessaire une affaire difficile. Il y a plutôt des défis à relever. Le grand défi est celui du paiement des contributions des Etats membres. Il me revient que pour votre pays, la contribution est de 360.000 dollars pour les années 2008-2009. Nous avons reçu des assurances fermes que cet arriéré sera épongé.(NDLR :. le Coordonnateur Hamuli intervient pour confirmer les propos du ministre des Affaires étrangères).

« Quant au Fonds spécial pour la reconstruction et le développement, certains pays ont déjà versé leur contribution. Il s’agit de la RDC, du Kenya, de l’Ouganda, l’Angola et du Rwanda. Les autres pays, à savoir le Congo Brazzaville, le Burundi, le Soudan, la Zambie, la Tanzanie ont renouvelé leur promesse ».

C’est sur cette promesse que la Secrétaire exécutive de la CIRGL a quitté Kinshasa pour Bujumbura, siège de la CIRGL.

Source : le Potentiel/kinshasa