Le message des Congolais a été entendu. Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, bien que diplomate, a prononcé le discours attendu par le peuple congolais. Elle a solennellement déclaré que les « Etats-Unis sont désormais un partenaire d’espoir pour aider la RDC à écrire une nouvelle page de l’histoire du peuple congolais ». Elle a eu également un courage exceptionnel en dénonçant le mal, au plan interne en mettant le doigt dans la plaie: « Que les richesses minières et autres de ce pays devraient être utilisées au profit du peuple congolais, pas pour un très petit groupe qui en a traditionnellement bénéficié ». De condamner ensuite « les entreprises ou les pays étrangers qui extraient les richesses pour les emporter sans un rien en retour ». Message clair contre l’enrichissement illicite et le pillage des richesses congolaises, causes des guerres en RDC.

 

Fin de la visite de 48 heures de Mme Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine en République démocratique du Congo. La ville de Goma a été la porte de sortie où elle s’est entretenue avec le président de la République, Joseph Kabila Kabange.

Mais que faut-il retenir de cette visite ? A-t-elle répondu aux attentes du peuple congolais ? S’il est encore prématuré de répondre à ces interrogations, tant il est vrai que c’est la suite de cette visite qui demeure jusqu’à preuve de contraire intéressante, il y a lieu d’admettre que les déclarations de Hillary Clinton ont été encourageantes.

Certes, le côté classique et diplomatique a été respecté. C’est ainsi qu’elle est revenue sur le discours de tous les temps, c’est-à-dire, du déjà entendu : lutte contre la corruption, respect des droits de l’homme et bonne gouvernance. Mais l’autre discours attendu par les Congolais devrait tourner autour de la nouvelle vision de la politique africaine des Etats-Unis. Elle ne pouvait se dérober et ne pas faire faire allusion aux causes principales de ces guerres qui ont endeuillé la République démocratique du Congo, déstabiliser la région de l’Afrique des Grands Lacs.

COURAGE POLITIQUE

 

Il faut reconnaître que la secrétaire d’Etat américaine a fait preuve d’un courage politique que réjouit plusieurs observateurs congolais. Quittant le sentier « poli et de réserve » de la diplomatie ainsi que des discours classiques, elle a précisé clairement les intentions des Etats-Unis, dénoncé sans atermoiements le mal qui ronge la société congolaise, allant jusqu’à mettre le doigt dans la plaie. D’entrée de jeu, elle a invité les Congolais à tourner la page de l’histoire en regardant vers l’avenir. Elle a exprimé sans équivoque « l’engagement fort des Etats-Unis à réchauffer les relations avec la République démocratique du Congo ». Aussi, estime-t-elle qu’il s’agit d’un moment « décisif pour la RDC qui doit consister également à faire un bon choix de ses partenaires ». Et d’ajouter que les « Etats-Unis sont un partenaire de l’espoir pour permettre à la RDC d’écrire une nouvelle page de l’histoire du peuple congolais ».

Mieux, elle a réaffirmé que sa visite en RDC vise « à explorer les voies par lesquelles la RDC et les Etats-Unis pourront travailler ensemble. Mais je crois fermement qu’il doit y avoir une fin à l’impunité, une fin à la corruption, et davantage de transparence et d’obligation de rendre des comptes, et que les richesses minières et autres de ce pays devraient être utilisées au profit du peuple congolais, pas pour un très petit groupe qui en a traditionnellement bénéficié ».

Allusion faite à cette « bourgeoisie compradore » qui a pris en otage le peuple congolais. Elle a également dénoncé cet amateurisme politique qui sous-tend la mauvaise gouvernance et l’impunité.

Mais Hillary Clinton est allée plus loin, en touchant à l’une des causes principales qui favorisent les guerres ou conflits armés en RDC, entretenant ainsi les violences sexuelles. Il s’agit justement du pillage des richesses congolaises par « des groupes d’intérêts financiers » et qui se recrutent tant en Occident qu’en Asie. Non pas seulement ce « très petit groupe » congolais qui a institué un système (traditionnellement) de prédation économique pour s’enrichir illicitement en prenant goût à signer des contrats léonins avec «des entreprises ou les pays étrangers qui extraient les richesses pour les emporter sans en retour effectuer dans le pays un investissement proportionnel ». Voilà qui est bien dit. Hillary Clinton renforce ainsi le discours déjà prononcé par le président Barack Obama, alors sénateur de l’Illinois. Il rendait « responsables les pays étrangers qui déstabilisent la RDC en pillant des richesses congolaises ». En ces temps, il avait élaboré un « rapport intéressant » sur les causes des guerres en RDC. Que la secrétaire d’Etat américaine remue le couteau dans la plaie, c’est que les Etats-Unis ont effectivement décidé, eux aussi, « de tourner la page ». Voilà qui augure de perspectives encourageantes entre la République démocratique du Congo et les Etats-Unis. Cette visite de Hillary Clinton se termine donc sur une note d’espoir.

Source : le Potentiel/Kinshasa