Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, est partie. Il revient aux Congolais d’apprécier sa visite, de bien la creuser, d’en tirer les leçons utiles à travers les différentes déclarations de la secrétaire d’Etat. Il ne s’agit plus de rêver. Mais de bien lire et relire les discours du président américain Barack Obama à l’Afrique. C’est le moment pour les Congolais de faire travailler les méninges, d’être pragmatiques et réalistes pour effectivement s’assumer. Il n’y a pas trente-six solutions pour rebondir.

La redistribution des cartes en Afrique des Grands Lacs est bel et bien en marche. Washington vient de remettre la RDC sur les rails au regard de sa position géostratégique en Afrique. Daniel Howard Simpson, ancien ambassadeur des Etats-Unis en RDC aux temps forts de la Conférence nationale souveraine, aujourd’hui journaliste au Pittsburg Post Gazette aux Etats-Unis, n’use pas de la langue de bois pour interpeller les Congolais.

En effet, la visite en RDC de Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, appartient déjà au passé. Mais elle a permis de déceler ce signal fort du président Barack Obama quant aux rapports entre la République démocratique du Congo et les Etats-Unis. Le fait d’avoir invité les Congolais à tourner leur regard vers l’avenir est significatif.

Il s’agit de quitter les sentiers battus sans perdre la mémoire, de ne plus se larmoyer mais de prendre en mains leur destinée.

Certes, il y a des choses que l’on ne peut ignorer, oublier tant elles font partie de la mémoire collective. Mais en même temps, il faut se relever et donner de l’espoir au peuple congolais qu’il existe dans ce pays des compétences, des gens courageux, et peut-être encore de futurs «héros».

La question fondamentale est celle de savoir si les Congolais ont saisi et bien analysé tous les propos tenus par la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton.

Dans l’hypothèse d’une réponse affirmative, il y aurait donc là un message d’espoir. Car le signal fort de cette visite est que Washington de Barack Obama a choisi la RDC par rapport à ses voisins de l’Afrique centrale et des Grands Lacs. Washington est convaincu qu’il existe des opportunités de paix, de sécurité et de croissance économique à partir de la République démocratique du Congo. Une façon donc de remettre la RDC sur les rails.

SAVOIR S’ASSUMER

Cependant, la clé de la solution est entre les mains des Congolais pour entretenir une coopération dynamique et réciproquement fructueuse entre la RDC et les Etats-Unis. Pourquoi pas avec certains partenaires traditionnels dans le but de donner une nouvelle impulsion à la diplomatie congolaise. Une diplomatie que l’on veut de développement. Or, le développement d’une Nation, c’est comme la route : il est avant tout un problème interne.

Sur ce point, les Etats-Unis, à travers Hillary Clinton, n’ont pas fait mystère de leurs intentions et volonté politique. Ils invitent les Congolais à faire preuve de bonne gouvernance, de transparence et de justice. En intégrant la RDC dans ce périple africain, les Etats-Unis sont conscients que ce pays à quelque chose à donner en tous points de vue.

Mais il revient aux Congolais de savoir lire les signes de temps afin de s’engager résolument sur la voie du progrès en faisant preuve de haute responsabilité politique et d’un esprit managérial sans faille pour mieux s’assumer.

Comme pour souligner la nouvelle vision africaine des Etats-Unis, Daniel Howard Simpson, ancien ambassadeur des Etats-Unis en RDC, actuellement journaliste au Pittsburg Post Gazette, aux Etats-Unis, a accordé une interview pertinente à Radio France Internationale, RFI. Son choix se justifie sûrement par le fait que lors des temps forts de la Conférence nationale souveraine, il était en poste à Kinshasa.

Bien plus, il n’ignorait certainement pas les préparatifs de la guerre de 1996 qui a permis à l’AFDL de mettre fin au régime de Mobutu. Enfin, c’est durant cette période qu’il avait été demandé à Mobutu de passer la main, et permettre à Etienne Tshisekedi, président national de l’UDPS, de prendre la relève.

La suite des événements est connue de tous les Congolais. C’est en toute connaissance de cause que l’ambassadeur - journaliste parle du rééquilibrage de la politique américaine dans la région des Grands Lacs, en faveur de la RDC. Si les Congolais pouvaient lire ces signes avant-coureurs qui offrent des opportunités incontestables à la RDC de rebondir….

encadré

Daniel Simpson : « Les pressions américaines devraient s’exercer non seulement sur Kinshasa, mais aussi sur Kampala et Kigali »

La visite de Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine en Afrique, notamment en RDC, suscite de nombreuses réactions. Dans une interview accordée à Radio France internationale, Daniel Hovard Simpson, ancien ambassadeur des Etats-Unis en RDC, s’attarde sur le rééquilibtage de la politique africaine des Etats-Unis dans la région des Grands Lacs.

Quelles sont les moyens de pression des Etats-Unis pour que le gouvernement congolais commence, enfin, à sanctionner les militaires coupables de viols ?

Je suppose que c’est d’abord la meilleure organisation des forces armées congolaises. Mais le Etats-Unis peuvent aussi faire pression aux gouvernements des pays voisins, y compris rwandais et ougandais, qui étaient, certainement, les petits chouchous de l’ancien régime Bush mais avec lesquels, je l’imagine, l’administration Obama aura aussi de bonnes relations.

C’est-à-dire que les pressions américaines ne doivent pas seulement s’exercer sur Kinshasa, mais aussi sur Kampala et Kigali ?

C’est mon impression. Les problèmes du Congo se situent au niveau régional.

Il y a six mois, le Rwanda est intervenu militairement aux côtés du Congo contre les rebelles hutu rwandais des FDLR. Est-ce que c’était la bonne solution ?

D’après moi, cela n’a pas changé grand’chose. Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et les Interahamwe sont un peu partout dans la région. Bien que les forces rwandaises gouvernementales soient venues au Congo, elles ne peuvent, selon moi, résoudre les problèmes d’une manière générale. Ce qui est évident, c’est que s’il y avait moyen de rapatrier ces gens pour les réintégrer dans la société rwandaise…

Il faudrait faciliter le retour de ces rebelles FDLR au Rwanda ?

Oui, d’après moi.

Est-ce que, de ce point de vue, le gouvernement rwandais de Paul Kagamé peut faire quelque chose ?

Bien sûr. C’est même raisonnable que ce gouvernement qui a été assisté par la communauté internationale soit généreux. Mais il n’est pas disposé à être généreux, gentil, dans ce domaine-là.

N’y a-t-il pas une alliance privilégiée entre Washington et Kigali ?

Il y en avait. Mais je crois que ça vaut la peine de jeter un coup d’œil sur l’itinéraire de la secrétaire d’Etat américaine, Mme Hillary Clinton, pour sa première visite en Afrique. Elle n’a visité ni le Rwanda ni l’Ouganda, c’est-à-dire les amis habituels. Elle a choisi de visiter Goma. Et vous connaissez aussi bien que moi la géographie. Elle aurait pu continuer de Goma à Kigali. Mais elle a préféré un groupe de pays qui ont connu, peut-être, des problèmes les plus profonds en Afrique, mais aussi qui présentent de potentialités économiques.

Voulez-vous dire qu’il y a rééquilibrage de la politique américaine entre Kigali et Kinshasa ?

Je crois que oui.

Et il y a cette guerre dans l’Est de la RDC. Puis des questions de politique nationale. Est-ce que la visite d’Hillary Clinton à Kinshasa signifie que le président Obama soutient le pouvoir de Joseph Kabila ?

Je dirais que oui, pour l’opinion au Congo. Mais pour l’opinion américaine, les Etats-Unis ne peuvent pas apporter un soutien politique au gouvernement Kabila sans s’adresser aux questions humanitaires.

C’est-à-dire que ce soutien dépend des efforts que fournira le gouvernement congolais pour mettre fin aux violences sexuelles contre les femmes ?

Exactement. Il faut absolument que le gouvernement congolais s’attaque à ce fléau et l’éradique.

Le 11 juillet 2009 à Accra, le président Obama a déclaré que le continent n’a pas besoin d’hommes forts, d’institutions fortes. Est-ce que la présidentielle de 2011 à Kinshasa sera observée avec beaucoup d’attention par les Etats-Unis ?

Evidemment. Le Congo a toujours vécu une situation unique. Disons que ce pays a besoin de mains relativement fortes pour résoudre ses problèmes.

Mais si jamais les élections de 2011 sont truquées, les Etats-Unis fermeront-ils les yeux parce que le Congo est un grand pays et qu’il faut faire de la real politik ?

Non. On ne peut pas. Si on jette un coup d’œil au discours du président Obama, qui propose aux Africains la bonne gouvernance, la transparence, la justice, etc. Pour cela, on ne peut pas vouloir des élections truquées.

Source : Rfi