HopitalLa trêve n’aura été que de courte durée. Entre les médecins et le gouvernement, rien de neuf sous les tropiques. L’on demeure toujours sur le boulevard des vœux pieux. Conséquence ? Les médecins ont décidé de poursuivre la grève avec en épingle des « Journées sans médecins dans les hôpitaux ». Le pire est encore devant nous. Mais qui trompe qui ?

 

Les médecins ont décidé de radicaliser leur mouvement de grève. Et pourtant, lors du dernier compromis intervenu entre le gouvernement et les médecins, ces derniers avaient décidé de suspendre leur mouvement de grève de manière à soulager la misère de la population. Ils avaient décelé une lueur de volonté de la part du gouvernement d’agir progressivement dans le sens de rencontrer les préoccupations des « hommes en blouse blanche », tel que mentionnées dans leur cahier des charges.

Mais à l’assemblée générale du syndicat des médecins, cette attitude flexible devrait être accompagnée par des gestes concrets de la part du gouvernement. Ainsi, un moratoire de sept jours avait été donné au gouvernement pour un signal fort. Faute de quoi, la grève allait reprendre immédiatement. L’ultimatum a expiré mardi sans que l’on décèle ce signal fort. Aussi, les médecins de Kinshasa ont-ils décidé de radicaliser leur mouvement de grève par des « Journées sans médecins dans les hôpitaux ». Principalement dans la ville de Kinshasa. Avec cette crainte que ce mouvement soit suivi dans les provinces.

C’est dire qu’il n’y aura plus de consultations, seuls les malades hospitalisés bénéficieront de leur traitement jusqu’à la guérison ou à leur transfert dans un autre centre hospitalier. Outre le service minimum à assurer dans les hôpitaux publics pour les personnes hospitalisées, la banque de sang continuera à fonctionner au bénéfice des malades internés.

Dans les milieux autorisés des médecins, on fait remarquer que c’est depuis 2006 que le président de la République a signé un décret portant statut spécifique des médecins. Par conséquent, il revenait au gouvernement de prendre des mesures d’application. En 2008, un protocole avait été signé pour que le minimum soit accordé aux médecins. Mais rien n’y fit. Ce qui a amené les concernés à revendiquer leurs droits en menaçant d’aller en grève. En 2009, un deuxième protocole a été signé et une commission ad hoc a été mise en place. Elle devrait travailler en synergie avec le syndicat des médecins. 11 projets ont été approuvés et ceux-ci devraient être ratifiés par les ministres de la Santé, du Budget et des Finances avant que le Premier ministre avalise le tout

Des amendements ont été apportés à ces 11 projets compte tenu des observations qui ont été faites pendant les échanges de vues. C’est ainsi qu’il nous revient qu’en ce qui concerne les salaires des médecins, il a été proposé que la prime soit la base, à multiplier par 4. Toutefois, compte tenu de certaines contraintes financières, les médecins ont convenu que cette majoration soit progressive. C’est à ce niveau que les choses sont bloquées. Selon les médecins, on ne perçoit pas cette volonté politique de parvenir à une solution satisfaisante.

QUI TROMPE QUI ?

 

Cette situation aux conséquences imprévisibles prend en otage toute une population. Pire, elle est susceptible de prolonger la souffrance des malades jusqu’à ce que mort s’en suive. Car, cette population, devant « cette grève » n’a ni moyens ni le privilège en cas d’urgence de transférer ses malades sous d’autres cieux plus cléments. Elle se sent, une fois de plus, abandonnée, condamnée à souffrir et à mourir. Ce qui est choquant, c’est que ce n’est pas depuis une semaine que ce dossier est sur la table de discussions, entre le gouvernement et le syndicat des médecins. Mais à chaque fois, l’on se complait à balancer des communiqués qui relèvent tout simplement de la « culture de l’auto-satisfaction » alors que le désaccord persiste. Pire, au terme de certaines séances de travail, l’on rend publics des communiqués contradictoires.

Qui trompe qui ? Il serait dangereux si le gouvernement entretenait la culture « de mensonge ». C’est son crédit qui en pâtira alors qu’il a tout intérêt à s’engager dans la voie de la vérité pour convaincre ses interlocuteurs, apaiser ainsi la tension. Y aura-t-il une « dotation exceptionnelle » pour que les médecins bénéficient des avantages prévus dans leur statut spécifique ? Il appartient au gouvernement de répondre sans tarder à cette interrogation, d’éviter d’entretenir un quelconque mystère autour de la vraie réalité des ressources gouvernementales. Oui. Seule la vérité convainc.

En effet, s’il advenait que le syndicat des médecins découvrait qu’il serait le dindon de la farce, il y aurait des risques qu’il serait désavoué par ses affiliés. Partant, le gouvernement ne serait plus à même de contrôler la situation, de maîtriser cette vive tension sociale au sein d’un secteur tout aussi vital que celui de la santé. Le mouvement ne se limitera pas seulement aux médecins, car la grogne est en train d’atteindre les infirmiers et le personnel para-médical. Le pire pointe à l’horizon.

EVITER L’EFFET DE CONTAGION

 

Oui, le pire pointe à l’horizon avec l’effet de contagion qui pourrait toucher d’autres secteurs de la vie nationale tout aussi sensibles. On sait à ce sujet que lors de la Journée de l’Enseignant, les syndicats de ce secteur sont revenus sur leurs revendications. Ils réclament plus de dignité. Saisissant cette opportunité, ils ont interpellé, une fois de plus, le gouvernement pour qu’il apporte des solutions à leurs revendications. Un ultimatum a même été lancé, annonçant une « fin morose 2009 » si jamais le gouvernement demeure toujours incapable à proposer des pistes de solution encourageantes et réalisables.

Au moment où le gouvernement s’apprête à aller défendre son projet du Budget 2010 à l’Assemblée nationale, le risque est grand. Car, au cours du débat y afférent, les questions des parlementaires sont susceptibles, soit de rassurer, soit de susciter des doutes dans les secteurs de la santé et de l’Enseignement.

A moins que le gouvernement ait pris la ferme option de jouer la carte de la transparence, de la vérité. Ce qui est synonyme de haute responsabilité politique. Or, si les négociations entamées jusqu’ à ce jour n’ont donné rien de neuf, c’est que l’on n’a pas encore quitté les vieux sentiers battus de l’obscurantisme.